Indignez-vous?
Oui, je sais. Normalement, cette sentence se termine par un point d’exclamation. Mais il se trouve que je souhaite aujourd’hui remettre en question cette vertueuse injonction. Évidemment, j’en comprends l’origine. Pour survivre au bombardement d’informations que nous subissons, tout en restant sains d’esprit, nous devons mettre une distance entre la violence des actualités et notre émotion. Mais le danger est réel que cette marge de protection se distende peu à peu en une large plaine menant à l’insensibilité. Je ne parle même pas ici d’indifférence, mais d’un regard distancié à tel point que l’émotion ne pourrait se mettre en mouvement, tristesse, colère, indignation s’écrasant dans un même sentiment d’impuissance.
Le célèbre « Indignez-vous ! » se dresse donc pour faire barrière à l’insensibilité rampante et calmer un instant notre sentiment d’impuissance. C’est tout bon tout ça, pensez-vous ? Permettez-moi d’émettre quelques doutes.
L’indignation, contrairement à la peur par exemple, est une émotion essentiellement morale ; elle naît lorsque des valeurs qui nous sont fondamentales s’avèrent bafouées. Mais il se trouve que nous n’avons pas tous le même système de valeurs, et cela implique que nous n’aurons pas les mêmes indignations…
L’un sera indigné que l’État démocratique impose des limites à l’entrepreneuriat, même par souci de santé publique. L’autre, au contraire, se scandalisera de ce que le grand capital gonfle comme baudruche pendant que le Trésor public s’étiole comme une peau de chagrin.
Certains encore........
