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Idées|S’empoisonner ensemble n’est pas un projet de société Christelle Fournier, Clément Mangin et Lise Bizzoni

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02.07.2026

Un gouvernement qui précipite un projet de loi dangereux pour la santé et l’environnement, au mépris des processus démocratiques et scientifiques, et au bénéfice principal de multinationales ? Mais qu’a encore manigancé le gouvernement Trump ?

Détrompons-nous ! Il s’agit ici du gouvernement Carney, qui vient tout juste de faire passer sous bâillon son projet de loi C-30 lui donnant le pouvoir d’ignorer Santé Canada, et nous autres au passage, pour réautoriser à sa discrétion des pesticides interdits. Un sacré retour en arrière pour un pays qui prétend aller de l’avant…

Ce projet de loi serait motivé par le besoin d’assurer la « sécurité alimentaire » et la « sécurité économique » du Canada.

Or, les mécanismes permettant de le faire existent déjà. En mars dernier, l’autorisation exceptionnelle d’un pesticide contre des petits rongeurs a été accordée dans le cadre législatif déjà en place, avant même l’adoption de la loi C-30. Alors quel besoin y avait-il de donner au gouvernement des pouvoirs discrétionnaires élargis sur l’autorisation de poisons divers et variés contre l’avis de Santé Canada, dont la mission est pourtant « d’aider les Canadiens à maintenir et à améliorer leur santé » ?

Pourquoi précipiter l’adoption sous bâillon d’une loi aussi superflue que dangereuse, sans débat démocratique impliquant une population dont on menace pourtant la santé et l’environnement, et qui devrait pouvoir décider collectivement du niveau de risque auquel elle s’expose ?

Le portefeuille avant la vie ?

Puisqu’il s’agit d’exposer davantage nos agricultrices et agriculteurs qui manipuleront ces produits toxiques dans leurs champs, et nous, citoyens qui les retrouveront dans nos cours d’eau et nos assiettes, parlons des coûts humains.

Selon la Société Canadienne du Cancer, le cancer a coûté 37,7 milliards de dollars en 2024. Quelle part de ce coût est imputable au Roundup, célèbre herbicide à base de glyphosate de Bayer dont les preuves de sa dangerosité s’accumulent ? Quelle charge supplémentaire ces pesticides feront-ils peser sur notre système de santé ? Sans compter que ce sont nos concitoyens les plus précaires qui se trouvent souvent privés d’un accès à une alimentation saine sans pesticides.

Et quid de la fermeture du marché européen, où nos produits risqueraient d’être bannis ? Les profits de l’agro-industrie ont-ils eu préséance sur la sécurité économique du Canada, jamais débattue pour cause de bâillon, avant qu’on décide sans nous du niveau de poison acceptable dans nos vies ?

Sécurité alimentaire sans souveraineté du choix ?

D’après Agriculture Canada, le pays « se classe au neuvième rang des plus grands exportateurs de produits agroalimentaires et de produits de la mer au monde », alors que nous n’arrivons qu’au trente-huitième rang mondial pour la population.

Nos enjeux de « sécurité alimentaire » se situent-ils donc au niveau de la production agricole, ou bien........

© Le Devoir