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L’an prochain, seuls les enfants qui crient auront des services

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26.06.2026

Je suis éducatrice spécialisée depuis cinq ans dans une école primaire-secondaire en région. Mon école, ce sont 350 jeunes. Ce n’est pas grand. On se connaît tous.

Mon travail déborde largement les interventions directes. Je suis là dans les couloirs, dans les transitions, dans les moments ordinaires invisibles. Je crée des liens. J’apprends les noms, les histoires, les contextes familiaux. Parce qu’une intervention efficace ne s’improvise pas : elle repose sur une relation construite dans le temps, sur la connaissance d’un enfant, de ses forces et de ce qui le fait basculer.

Une éducatrice qui arrive en étrangère pour éteindre un feu et repartir, ce n’est pas de l’intervention spécialisée. C’est de la gestion de crise. Et la gestion de crise seule, c’est un tourniquet permanent : on arrête le saignement, on repart, puis on revient pour recommencer. Ce qui change réellement des trajectoires de vie, c’est le lien. Et le lien demande du temps, de la présence, de la continuité.

Il y a quelques semaines, on nous a annoncé les effectifs pour l’an prochain. Mon école va perdre 50 % de ses ressources en intervention. Je connais déjà les noms des élèves qui vont perdre leurs services.

Pas parce qu’ils n’en ont pas besoin. Parce qu’ils n’ont pas appris à lancer des chaises.

Ce sont des enfants ayant des troubles d’apprentissage, des troubles du langage, des difficultés sociales. Des enfants discrets, qui souffrent en silence et qui glissent........

© Le Devoir