Chronique | Une politique de l’abandon
Jusqu’à la dernière minute, tout le monde caressait à mots couverts l’espoir d’un changement de cap. Eh puis, non : le 18 septembre, le cégep installé entre les murs du pénitencier de Cowansville a donné son dernier cours. Un moment chargé d’émotions, m’a-t-on dit, qui a tiré les larmes à tout le monde, aux profs comme aux étudiants réunis pour souligner la fin de ce chapitre.
C’est la troisième fois que je vous parle de cette histoire. Je n’en démords pas. Le fait que, pendant plus de 50 ans, une formation postsecondaire, axée sur des valeurs humanistes et le développement de la pensée critique, ait été offerte aux personnes incarcérées dans les pénitenciers du Québec relève de l’anomalie en milieu carcéral. C’était à peine croyable qu’un tel îlot d’humanité planté au beau milieu de la prison ait résisté aux délires de la gouvernance néolibérale et aux politiques paranoïaques de répression du crime. Et pourtant.
Lorsque le Service correctionnel du Canada (SCC) a annoncé l’abolition du cégep en détention en janvier dernier, la levée de boucliers a été immédiate. Enseignants, professionnels du milieu correctionnel, étudiants et diplômés du programme, groupes de défense des droits des personnes incarcérées : tout le monde a dénoncé cette décision. La recherche aussi est claire, y compris celle menée par le SCC lui-même sur ses programmes : l’accès à l’éducation en détention favorise la réinsertion sociale et assure une protection contre les risques........
