Méditations caniculaires et littéraires
La canicule qui a récemment écrasé l’Europe et dont l’intensité évoque le souvenir de 2003 s’est racontée dans nos médias par une série d’images contrastées. Alors qu’en France, les politiques placent dans la climatisation le prétexte d’un clivage, rejouant un conflit maintes fois attisé, l’été et son soleil brûlant se donnent tantôt sous la douce figure de la villégiature, tantôt sous celle de la menace. Car en même temps que le soleil portait les foules réjouies à plonger dans le canal Saint-Martin, à Paris, il faisait du corps une insupportable prison.
D’une image à l’autre et d’une nouvelle à l’autre, s’est installée ainsi, sous nos yeux, l’allure prochaine de nos étés et de leur soleil, devenu protagoniste d’une intrigue encore à dénouer.
Pour nous, créatures boréales, le soleil est un ami, et l’amour que nous lui portons croît à la mesure de ses absences qui, même par temps d’été, se prolongent et se répètent. Lorsque l’écrivaine Gabrielle Roy raconte son amour de la Provence, dans La détresse et l’enchantement, c’est notre sentiment qu’elle évoque, celui d’un peuple qui éprouve l’astre du jour par contraste avec le souvenir toujours vif de nos chairs glacées. Ce sud qu’elle décrit marque nos sens........
