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Le grand bond en arrière

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02.03.2025

Élégant, un chapeau éternellement vissé sur sa tête, Roberto a toujours ce sourire en coin qui dit qu’il en a vu d’autres, lui qui s’est battu au cœur du mouvement chicano aux États-Unis, et qui a milité pour les droits civiques des Latinos. Il se souvient de l’été 1954 : « Mon père travaillait dans une ferme près de Soledad, dans la vallée de Salinas, en Californie. Il était citoyen américain, mais ils l’ont expulsé quand même. Le lendemain, ma mère nous a pris, ma sœur et moi, et nous avons sauté dans un bus Greyhound pour Tijuana, pour le ramener. »

Il laisse passer un silence. « Et aujourd’hui, me voici à nouveau témoin de l’Histoire. » Témoin d’une histoire qui se répète : des travailleurs, essentiels au point de former le cœur de petites villes qui se reposent sur eux, qui paient des impôts depuis des décennies aux États-Unis, souvent sans dossier criminel, qui se retrouvent détenus, enchaînés, expulsés, livrés en spectacle par la Maison-Blanche elle-même.

Un gigantesque retour en arrière.

Quelques semaines qui valent des années. Cinq semaines pour effacer huit décennies — et peut-être plus. Éviscération de la structure fédérale, démantèlement de départements vitaux pour les Américains, coupes radicales dans le financement de la recherche médicale, interférences dans la production scientifique, réduction des protections des travailleurs et des consommateurs, démolition des contreforts anticorruption, réduction des droits des personnes transgenres, élimination de la diversité et de mots honnis, effacement de l’histoire, réécriture des arts, marginalisation des médias traditionnels, galvaudage de données sensibles et personnelles, approche mafieuse de la politique intérieure et internationale… Les États-Unis ont amorcé un voyage dans le passé dont les répercussions devraient se réverbérer sur la prochaine........

© Le Devoir