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Trente jours à attendre de savoir si on a le cancer

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19.03.2026

Les auteurs demandent à la Fédération des médecins spécialistes du Québec de permettre aux patients de consulter leurs résultats d’examens plus rapidement sur le Carnet santé Québec.

Le Québec devrait-il continuer d’être une des seules provinces au Canada, et le seul parmi plusieurs pays comparables, qui bloque pour 30 jours l’accès aux patients à leurs résultats de prélèvements et examens médicaux ? Plus précisément, la plateforme en ligne Carnet santé Québec les bloque pour 30 jours après leur transmission au médecin. Selon un article de Marie-Eve Cousineau publié dans La Presse le 2 mars 20261, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) souhaite le maintien de ce délai de 30 jours.

Pour une personne qui attend un possible diagnostic de cancer, 30 jours ou plus, c’est une éternité !

De l’avis de la FMSQ, ces résultats présenteraient un potentiel anxiogène ou traumatique pour des patients et patientes qui en prennent connaissance directement sur le Carnet santé, sans l’intermédiaire de leur médecin.

Nous savons ce que c’est que de vivre avec le cancer. Cette question nous touche particulièrement, en tant que patients et proches aidants membres du comité consultatif des personnes touchées par le cancer de la Coalition Priorité cancer au Québec. L’angoisse du patient ou de la patiente et de ses proches commence dans l’attente du rendez-vous avec le médecin pour connaître les résultats d’un examen et savoir si un cancer a été diagnostiqué, si un traitement fonctionne ou s’il y a récidive d’un cancer qui a été déjà traité.

Nous reconnaissons, avec gratitude, le rôle essentiel de nos médecins spécialistes, mais la FMSQ se trompe si elle croit répondre à la diversité des besoins des patients et de leurs proches face à l’attente de résultats d’examens diagnostiques.

Consulter ses résultats sur le Carnet santé Québec est un choix. Il nous est permis de nous y inscrire ou pas, tout comme de le consulter ou pas. Le droit d’accès à l’information des résultats de nos prélèvements et de nos examens médicaux appartient à chaque patient.

Ce choix légitime permet aux patients d’arriver à leur rendez-vous mieux informés et mieux préparés. À l’expertise clinique du médecin peut alors s’ajouter l’expertise du vécu du patient, dans un esprit de partenariat constructif et éthique.

Dans le respect de ce choix légitime, ceux d’entre nous qui auront opté pour consulter leur Carnet de santé, étant mieux informés, pourront se préparer à rencontrer leur spécialiste avec un apport détaillé de leur état physiologique et psychologique. Ainsi, l’expertise du ressenti du patient s’ajoutera aux fins détails du diagnostic établi par l’expertise du médecin, dans un esprit de collaboration qu’exige un partenariat éthique et constructif.

Nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi. Les recommandations des hauts fonctionnaires du ministère de la Santé, ainsi que la présente position de la Fédération des omnipraticiens du Québec vont dans le même sens.

Nous demandons à la FMSQ de se rallier à ces changements qui permettraient d’accéder immédiatement à nos résultats sur la plateforme en ligne du Carnet santé Québec.

On nous dira peut-être que les résultats de tests et rapports d’imagerie sont complexes et que les patients n’ont pas les connaissances pour les interpréter correctement. Cette perception est erronée. Plusieurs patients développent une expertise dans leur maladie et apprennent à décoder le jargon médical des rapports d’examens.

Certes, il reste encore beaucoup à faire pour réduire le potentiel anxiogène ou traumatique des résultats d’examens médicaux. Dans cette optique, humblement, mais non sans une ferme conviction, nous offrons à la FMSQ notre collaboration à une réflexion conjointe sur ce qui pourrait être fait pour alléger le fardeau psychologique des personnes aux prises avec une maladie grave.

En attendant, nous croyons que le Québec est mûr pour obtenir le même accès aux résultats de prélèvements et examens médicaux qui existe ailleurs au Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays européens – notamment au Danemark, en Finlande et en Estonie. Il appartiendrait à chaque citoyenne et citoyen d’en faire usage selon ses prédispositions.

Le Carnet santé doit devenir un outil qui aide les personnes à mieux vivre avec leur maladie.


© La Presse