Requiem pour une guillotine
Nathan Murray démontre que l’exécution par effigie fait partie des rituels populaires depuis des siècles.
Le 2 mai dernier, le ministre du Travail Jean Boulet – ou un « membre générique de l’élite », si l’on en croit l’Alliance ouvrière, à l’origine du geste – était guillotiné en plein Montréal. Pas exactement, doit-on préciser : ce n’est pas sur la nuque du ministre ou d’un bourgeois lambda que s’est abattue la lame affûtée du « rasoir national », mais sur leur effigie en papier mâché. Il n’empêche : à gauche, à droite et au centre, politiciens et syndicalistes se sont empressés de condamner le geste ou de s’en désolidariser, dénonçant là une « violence inacceptable » fleurant bon la Terreur robespierriste.
Cette mise à mort symbolique comme les réactions qu’elle a suscitées méritent qu’on s’y attarde, pour mieux les comprendre. Car « l’exécution par effigie » a une histoire. Celle-ci commence au Moyen Âge au plus tard et se prolonge jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, et même au-delà. Elle est d’abord une expression du pouvoir du seigneur ou de l’État, contre le criminel en fuite jugé par contumace : il s’agit à la fois d’affirmer la puissance des institutions et de frapper d’infamie le condamné, en exposant « en public un tableau où le condamné qui est en fuite est représenté........
