La santé des femmes fait l’objet d’iniquités
Malgré les avancées en santé des dernières décennies, un angle mort persiste depuis longtemps : la santé des femmes demeure trop souvent pensée à travers un prisme limité, comme si elle se résumait à la grossesse ou aux cancers mammaires et gynécologiques. Pourtant, la réalité est beaucoup plus vaste et les conséquences de cette vision dépassée sont bien réelles.
Pour comprendre le phénomène, il faut d’abord s’intéresser à la recherche. Les chiffres à ce sujet sont éloquents.
Au Canada, seuls 7 % des subventions attribuées par les Instituts de recherche en santé (IRSC) portent spécifiquement sur la santé des femmes. Sans surprise, l’essentiel des travaux subventionnés porte sur les cancers mammaires et gynécologiques ou la grossesse.
Pendant ce temps, les 10 autres principales causes de morbidité et de mortalité chez les femmes n’ont reçu qu’un peu plus de 2 % des fonds en 15 ans, de 2009 à 2023. Plusieurs domaines majeurs de la santé des femmes demeurent sous-financés, notamment les céphalées et les migraines, les douleurs lombaires, les troubles musculosquelettiques, les démences ainsi que les troubles anxieux et dépressifs1.
Des conséquences qui peuvent être graves
Les femmes sont aussi sous-représentées dans les études cliniques, même lorsqu’il s’agit de maladies qui les affectent grandement. Cette situation peut compromettre leur sécurité pharmacologique et la qualité de leur prise en charge. Une présence insuffisante de femmes dans les essais médicamenteux entraîne des posologies parfois inadaptées et une fréquence plus élevée d’effets indésirables2.
Par ailleurs, l’idée persistante selon laquelle les maladies cardiovasculaires seraient principalement un problème masculin peut contribuer à certaines conséquences.
Pensons entre autres à une sous-détection chez les femmes, à des retards de diagnostic, à un déploiement plus restreint d’interventions diagnostiques ou thérapeutiques.
De plus, la littérature scientifique démontre une attribution plus grande des symptômes des femmes à des causes perçues comme moins graves, comme des troubles gastro-intestinaux ou de l’anxiété3. Ces biais, souvent inconscients, influencent encore les pratiques cliniques et les trajectoires de soins.
Un devoir de vigilance s’impose
Compte tenu de la sous-représentation des femmes dans la recherche, il devient nécessaire que les professionnels de la santé portent une attention plus particulière à certains aspects lors de leurs interventions auprès d’elles. La vigilance est de mise pour apporter un éclairage sur certaines connaissances scientifiques lacunaires.
Il importe également de reconnaître que plusieurs femmes tendent à minimiser leurs symptômes. En 2025, un sondage mené par Veritas Communications auprès de 1799 femmes canadiennes âgées de 23 à 50 ans, pour la Fondation Pharmaprix pour la santé des femmes, révélait que 73 % d’entre elles minimisent les problèmes de santé qui les préoccupent, croyant que leurs symptômes ne sont pas assez graves pour demander de l’aide professionnelle4.
Forts de ces constats, j’invite tous les professionnels de la santé à poser davantage de questions, à écouter attentivement et à créer des environnements de soins où chaque préoccupation est prise au sérieux. Par leur présence aux premières lignes du système de santé, les infirmières et infirmiers sont particulièrement bien placés pour détecter des signaux d’alerte, documenter des symptômes sous-estimés et accompagner les femmes dans leurs parcours de soins.
La santé des femmes doit être abordée de manière globale, inclusive et équitable en tenant compte notamment des différences de genre. Il en va de la sécurité des patientes et de la qualité des soins qu’elles reçoivent.
