Le Canada prend Trump au sérieux et en fait une affaire personnelle
Ken Dryden, ancien gardien du Canadien et héros de la Série du siècle face aux Soviétiques en 1972, a pris la plume à la suite de la victoire du Canada contre les États-Unis à la Confrontation des 4 nations le mois dernier. Son texte, publié par The Atlantic, a beaucoup fait réagir. Avec sa permission, nous le publions en français.
Parfois, les évènements sportifs sont plus importants que le jeu lui-même.
Le 15 février, j’étais à Montréal pour le match Canada–États-Unis. Je savais que je devais être là. Quelques jours plus tard, j’étais chez moi devant la télé pour la finale, que le Canada a remportée 3-2 en prolongation. J’ai tout regardé, de l’avant-match jusqu’à la fin. Je ne fais presque jamais ça. Ces matchs, je le savais, allaient révéler quelque chose sur les joueurs canadiens, sur les partisans canadiens, sur le Canada. Peut-être aussi sur les joueurs américains. Je ne savais pas quoi.
Le sport peut raconter de grandes histoires. J’étais un des deux gardiens de but du Canada lors de la série Canada-URSS en 1972, la première série internationale de hockey opposant les meilleurs joueurs au monde. Jusque-là, les professionnels de la LNH étaient exclus des Jeux olympiques et des championnats mondiaux, réservés aux amateurs. Le Canada, berceau du hockey, était le pays d’origine de tous les meilleurs joueurs au monde. Au grand dam des Canadiens, année après année, les Soviétiques étaient « champions du monde ».
La confrontation de 1972 comptait huit matchs : quatre au Canada, quatre à Moscou. Tout le monde – joueurs, partisans et experts des deux pays – était sûr que le Canada gagnerait haut la main, probablement les huit matchs.
Les Soviétiques ont gagné le premier match à Montréal 7 à 3. Imaginez la réaction partout au Canada. Puis multipliez-la par 10.
Dès cet instant, tout a changé. Ce n’était plus juste du hockey. Au hockey, nous étions les meilleurs au monde ; mais à l’échelle planétaire, le Canada n’était pas reconnu comme le meilleur dans beaucoup d’autres domaines. Et là, nous avions perdu. Qu’est-ce que ça disait de nous ? Du Canada ? Des Canadiens ? Les sept prochains matchs allaient le déterminer. Tel était l’enjeu.
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Phil Esposito, à gauche, lève les bras après avoir marqué un but contre le gardien de l’Union soviétique Vladislav Tretiak, sur la glace, lors du dernier match de la série à Moscou, le 28 septembre 1972.
Après deux défaites, une victoire et un match nul, nous sommes partis pour Moscou, où nous avons perdu le premier match. La série semblait perdue. Puis nous avons gagné les deux matchs suivants ; le dernier match allait tout décider. En 1972, peu d’Américains du Nord se rendaient en Europe, encore moins à Moscou. Or, 3000 Canadiens étaient avec nous dans l’aréna. Ils étaient là parce que, d’une manière ou d’une autre, ils savaient qu’ils devaient être là. Lors du dernier match, un jeudi, disputé pendant les heures de travail et d’école, 16 millions de Canadiens sur une population de 22 millions........
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