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Pour nous, c’est une question de survie

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05.04.2026

L’immigration, bien planifiée, a le potentiel de contribuer à la vitalité démographique des régions, rappelle l’auteur.

Depuis plusieurs mois, le débat sur l’immigration occupe une place centrale dans l’espace public québécois. Portée par des acteurs politiques et sociaux, amplifiée par une couverture médiatique soutenue et alimentée par la campagne à la chefferie du parti au pouvoir, la discussion s’inscrit dans un climat de polarisation accentuée à l’approche des prochaines élections générales.

Cette intensification du débat public et politique n’est pas surprenante. Le dossier de l’immigration touche à des enjeux sensibles liés aux valeurs, à l’identité et à la cohésion sociale. Une vaste majorité des parties prenantes de la société civile ont dénoncé l’incohérence de renvoyer des employés appréciés et difficiles à remplacer, alors même que les employeurs ont investi énormément d’énergie pour les recruter à l’international.

Or, un angle demeure, à mon avis, largement sous-estimé dans ces discussions nationales : celui de la vitalité démographique des régions. Il a été abordé récemment par Michel C. Auger dans sa chronique « L’éléphant dans la pièce1 », publiée dans La Presse, et c’est en la lisant que je me suis convaincu d’y faire écho, en tant que maire d’une municipalité régionale menacée par d’importants défis démographiques.

On aborde fréquemment l’immigration sous l’angle des seuils, de la capacité d’accueil ou de la pression sur les services publics. Ces préoccupations sont légitimes. Toutefois, on oublie trop souvent que l’immigration constitue également un levier économique essentiel, particulièrement dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre persistante.

Dans les petites et moyennes municipalités de région, ce constat n’a rien d’abstrait : il s’incarne quotidiennement avec une acuité particulière dans les difficultés à maintenir des entreprises, des services publics et, ultimement, des communautés vivantes.

Dans un territoire isolé comme celui des Îles-de-la-Madeleine, la disparition d’un seul commerce de proximité ou d’un service public essentiel, comme l’éducation à la petite enfance, fragilise profondément et immédiatement l’ensemble du tissu socioéconomique local.

À ces enjeux économiques s’ajoute une réalité encore plus préoccupante : le déclin démographique. Tel que le rapporte à juste titre M. Auger, le Québec fait face à une combinaison inquiétante de dénatalité, de vieillissement accéléré de la population et – fait inédit depuis 40 ans – à un solde migratoire négatif. Cette dynamique réduit progressivement la population active et compromet la capacité du territoire à maintenir sa vitalité économique et sociale.

Dévitalisation démographique

En région, ces tendances se manifestent plus rapidement et plus intensément. En matière de vieillissement de la population, les Îles-de-la-Madeleine sont le canari dans la mine. Selon les plus récentes prévisions, 40 % de la population madelinienne aura 65 ans et plus dans 15 ans. Bien que de grands efforts aient permis de ralentir temporairement le déclin annoncé, les défis demeurent structurels et complexes.

Bien sûr, une croissance démographique mal planifiée comporte aussi des risques, notamment en matière de logement et d’infrastructures.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre ouverture et repli, mais plutôt de rechercher un équilibre réfléchi entre les besoins des communautés et leur capacité réelle d’accueil.

Les gouvernements et les aspirants doivent intégrer pleinement l’enjeu de la dévitalisation démographique des régions dans leurs orientations en matière d’immigration. À défaut, le vieillissement et la diminution de la population active entraîneront des fermetures d’entreprises et de services, une perte d’autonomie et de vitalité régionale, avec des conséquences majeures pour l’ensemble du Québec.

L’immigration peut être un puissant moteur de vitalité pour les régions, à condition d’être pensée comme telle. Il en va de l’avenir de nos territoires et de celui du Québec.


© La Presse