1948 et la naissance du magazine de l’Humanité : un millième numéro et une histoire dans le siècle
« L’Humanité dimanche », né en 1948 pour surmonter des attaques commerciales et politiques, est toujours debout soixante-dix-huit ans plus tard. Le choix de relancer, il y a vingt ans, ce magazine ancré dans les luttes sociales et politiques a été payant puisque pour la première fois, l'« HD » devenu « HM » fête son 1 000e numéro de suite. Récit d’une aventure de presse emplie d’Humanité.
Depuis le magnifique immeuble Art déco de 1932, 37 rue du Louvre, qui abritait « Paris-Midi » et « Paris-Soir » avant-guerre, six mois après l’irruption de Pif le chien dans « l’Humanité », le premier numéro de « l’Humanité dimanche » paraît le 3 octobre 1948 dans une atmosphère électrique. Les mineurs, dont le niveau de vie connaît une chute brutale, débutent une grande grève face au gouvernement dit de « troisième force » – socialistes, radicaux et MRP – dirigé par Henri Queuille, ancien résistant, vieux politicien radical blanchi sous les harnais gouvernementaux depuis un quart de siècle.
Une répression brutale commence, qui ira jusqu’à mobiliser l’armée et ses tanks dans les corons, avec des morts et de nombreux blessés. Moins de cinq ans après l’héroïque grève insurrectionnelle patriotique dans les bassins du Nord, puis l’immense effort de la profession dans la « bataille de la production » à la Libération afin de fournir du charbon pour le redémarrage de l’industrie et le chauffage des Français, la corporation des mineurs se sent trahie.
Le contexte est celui de la guerre froide, les États-Unis financent en France et ailleurs partis politiques, syndicats et journaux contre le danger communiste. La coalition gouvernementale est fragilisée, naviguant entre les effets du mécontentement populaire et l’offensive du RPR gaulliste.
Un hebdomadaire à la vie mouvementée
Pourquoi la création de l’« HD » à l’automne 1948 ? Le quotidien « l’Humanité », qui voit le jour en 1904 par la volonté de Jean Jaurès, paraît sept jours sur sept. Dès 1904, ses lecteurs sont étroitement associés à la vie de leur journal. Ils interviennent par des souscriptions et la création d’un réseau de correspondants bénévoles. Mais ses ventes ne reposent pas sur une diffusion militante. En 1930, face aux tentatives du ministre de l’Intérieur Tardieu et du préfet de police fascisant Chiappe de « frapper à la caisse » le journal, celui-ci répond par un appel au soutien financier, à développer la Fête de l’Humanité en grand, après dix années de « préhistoire », à la création des comités de défense de l’Humanité.
Des centaines de CDH vont tenir, le dimanche, des points de vente et d’animation, organiser des rencontres avec des communistes du quartier, du village et à la porte des entreprises. Durant le Front populaire, le journal connaît un succès historique. Ses ventes à la criée sont immortalisées notamment dans le film de Jean Renoir « La vie est à nous ».
Plus tard, dans les années 1950, au temps des affrontements parfois violents liés aux guerres coloniales, il fallait du courage pour diffuser la presse communiste chaque semaine dans les rues. C’était évidemment aussi le cas quelques années auparavant, durant l’Occupation, où nombre de ses rédacteurs et de ceux qui faisaient circuler les 300 numéros de l’Humanité clandestine le payèrent de leur vie.
La France se........
