Au Congo, le vieux dictateur Denis Sassou-Nguesso, 42 ans au pouvoir, devrait être réélu… Avec le soutien de la France
Le président de la République du Congo, dit aussi Congo-Brazzaville, brigue un 5e mandat lors des élections de ce 15 mars, qui n’offrent aucun suspense quant au résultat. Le vieux dictateur africain, corrompu et violent envers ses opposants, devrait être réélu. Avec le soutien officieux de la France, toujours très bien implantée dans ce pays pétrolier.
Lorsque Denis Sassou-Nguesso est venu à Paris pour la dernière fois, le 23 mai 2025, sa visite avait été marquée du sceau de la discrétion. C’est que « L’Empereur », l’un de ses surnoms, reste pour la France et ses présidents – Emmanuel Macron comme les autres – un ami essentiel mais parfois un peu encombrant.
Quelques jours plutôt, le 11 mai 2025, le dirigeant du parti d’opposition Les Socialistes, Lassy Mbouity, qui s’était déclaré candidat à cette élection présidentielle, avait été arrêté et torturé par des hommes armés, subissant durant une semaine des coups et blessures ainsi que des injections forcées, avant de réapparaître et de dénoncer l’objectif du régime de Denis Sassou-Nguesso : l’éliminer physiquement. Mais de cela, il n’en a pas été question à l’Élysée.
Le président congolais était venu parler avec Emmanuel Macron de sécurité en Afrique centrale, de lutte contre le changement climatique (défense de rire dans un pays pétrolier où Total représente 50 % des richesses créées par les hydrocarbures), et bien sûr d’investissements économiques.
200 entreprises françaises présentes au Congo-Brazzaville
La France s’y taille toujours la part du lion : 200 entreprises françaises sont présentes au Congo-Brazzaville, notamment les pétroliers Total et Perenco. Une tradition : en 1996, alors PDG d’Elf (absorbée par Total en 2000 après plusieurs scandales de corruption), Loïk Le Floch-Prigent déclarait que son entreprise « dirigeait » le Congo.
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Celui qui brigue ce dimanche 15 mars un cinquième mandat consécutif, après avoir déjà été président entre 1979 et 1992 sous un régime de parti unique, période durant laquelle il s’était opportunément rapproché de Moscou, a donc déjà passé 42 ans au pouvoir.
Ayant perdu les élections multipartites de 1992, Denis Sassou-Nguesso était revenu par la force, en 1997, après deux ans d’exil doré en France, une guerre civile et un coup d’État mené avec le soutien de l’armée. Avec lui, le Congo est l’un des pays les plus répressifs en matière de droits humains, avec 8 216 violations recensées en 2024 par le Centre d’actions pour le développement, une ONG congolaise. Toujours avec la bienveillance de la France, soucieuse de préserver ses intérêts.
La moitié des Congolais vivent avec moins de 1,80 euro
Il y eut bien quelques tensions passagères entre la France et le président congolais, consécutives au fameux scandale des « biens mal acquis », une périphrase qui désigne un détournement de fonds gigantesque de la rente pétrolière au profit du clan Sassou-Nguesso et de quelques affidés.
En mai 2025, quand la justice française, après 18 ans d’enquête, a délivré un mandat d’amener contre son épouse Antoinette Sassou-Nguesso, Denis s’est fâché tout rouge, faisant part de « son indignation et de sa volonté de remettre à plat la coopération judiciaire entre les deux pays ».
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De l’élection de ce dimanche, le peuple congolais n’a rien à attendre. Dans un pays riche à millions grâce à ses hydrocarbures, la moitié des Congolais vit avec moins de 1,80 euro par jour, et le tiers est en insécurité alimentaire. Le scrutin est verrouillé par le Parti congolais du Travail (PCT), celui du président, qui porte bien mal son nom.
De nombreux opposants ont été envoyés en prison, les manifestations à caractère politique sont la plupart du temps interdites, et, au cas où, la Commission électorale, qui n’a d’indépendante que le nom, est toute acquise à « Sassou » va être confortablement réélu, dès le premier tour. Et les affaires, souvent entremêlées de corruption, pourront se poursuivre. Dans la plus pure tradition d’une Françafrique que certains voudraient croire révolue.
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