Loyer, électricité, Internet, assurance : le poids croissant des dépenses contraintes
Le crédit, la cantine, la box internet, l’assurance auto… que reste-t-il sur le compte courant le 10 du mois, quand toutes ces lignes désagréables sont passées ? Pour de nombreux ménages, la question est désormais moins celle de vivre de son travail que de survivre à ce que l’Insee appelle les « dépenses pré-engagées ».
Derrière cette expression austère sont regroupées toutes les dépenses rattachées à un contrat qui est difficilement renégociable à court terme. C’est-à-dire la plupart des sorties d’argent liées au logement (loyer, eau, gaz, électricité, autres charges locatives, remboursement d’emprunts…), aux abonnements de communication (téléphone, Internet…), à la télévision (chaînes payantes avec engagement), aux cotisations d’assurances (voiture, habitation…), aux services financiers (banques notamment) ou encore aux frais de cantine.
Ce périmètre statistique est cependant jugé insuffisant par certains analystes, qui préfèrent lui ajouter d’autres dépenses contraintes telles que les frais de transport pour se rendre au travail, les sorties d’argent liées à la santé, voire les dépenses d’alimentation. Ces dernières, par exemple, sont certes davantage « arbitrables » que le remboursement d’un prêt immobilier au sens où il suffit de traverser la rue pour passer d’un magasin Biocoop à un Lidl. Mais chacun conviendra que pour boucler les fins de mois, il faut déjà y arriver vivant, ce qui justifie aisément la classification de l’alimentation en dépenses contraintes.
Un élément déterminant du pouvoir d’achat
Dépenses préengagées, dépenses contraintes, pouvoir d’achat arbitrable, reste à vivre… toutes ces notions émergent fortement ces dernières années car elles permettent d’expliquer en bonne partie le sentiment selon lequel « le travail ne paie plus ».
Comme tout indicateur statistique, ils ont leurs limites. « Certes une partie des dépenses sont contraintes, encore ne faut-il pas oublier qu’elles répondent à des besoins, pose ainsi Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. L’abonnement mensuel au téléphone portable, par exemple, est classé dans les dépenses contraintes, mais il est beaucoup moins cher que les cartes prépayées, où l’on est facturé en fonction de sa consommation. » Surtout, poursuit-il, « un ménage riche peut avoir un taux de dépenses contraintes élevé parce qu’il rembourse un crédit important pour s’offrir une maison luxueuse. C’est une contrainte qui n’a rien à voir avec celle d’un ménage pauvre qui peine à boucler le mois ».
Malgré ces limites, ces indicateurs ont de nombreux mérites. Ils permettent, d’abord, de braquer les projecteurs sur certaines dépenses subies mais peu traitées politiquement, à l’image du coût croissant des assurances.
Second intérêt, on y reviendra : s’interroger sur le périmètre « idéal » des dépenses publiques, car nombre de ces dépenses contraintes peuvent être socialisées ou individualisées. Enfin, comme l’écrivait le sociologue Igor........
