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Retour sur le travail de Dominique Méda

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23.03.2026

Dans son dernier ouvrage, Le travail, Pourquoi travaillons-nous ? (Paris, Flammarion, Autrement, 2026), la philosophe et sociologue Dominique Méda revient en quelque sorte sur ses premières amours, sinon ses premières aversions. Elle y propose surtout deux choses. D’une part, elle livre quelques éléments sur elle, son enfance, ses études, son parcours, toujours avec retenue, mais suffisamment précis pour que le lecteur apprenne à la connaître. D’autre part, elle présente une synthèse des enquêtes sur les conditions de travail et le sens de celui-ci qui sont menées par elle, avec d’autres ou par d’autres sociologues. Les lecteurs de ses chroniques mensuelles dans Le Monde y retrouveront l’essentiel de ce qu’elle rapporte régulièrement.

Mais c’est aussi l’occasion pour elle de revenir sur quelques débats séculaires sur l’origine du travail, son évolution, sa perception et son interprétation. Pour symboliser que le même mot distingue des réalités très différentes, l’usage est de rappeler que, dans la Grèce antique, il n’y a même pas de mot correspondant à « travail » (p. 42). Cette idée est répétée inlassablement, notamment depuis qu’Hannah Arendt l’a théorisée, mais les commentateurs précisent rarement que ce qui aurait pu être appelé « travail » était accompli par des esclaves. Autrement dit, ce n’est pas le travail qui était inexistant, c’était le travail des esclaves qui n’était pas un sujet de discussion. Dominique Méda n’est d’ailleurs pas dupe, car elle dit très rapidement que ce qui est important à comprendre, c’est que « le lien politique qui unit les citoyens [donc, pas les esclaves] ne dérive en rien du lien économique » (p. 44). C’est donc bien l’indice qu’il y a quelque part de l’économie et du travail mais qui sont apparemment hors du champ politique.

Cette question sur l’anthropologie du travail est très ancienne. Les deux figures philosophiques allemandes du XIXe siècle, Hegel et Marx, ne lui donnaient pas le même sens, contrairement à ce qu’écrit Dominique Méda (p. 30). Le premier voyait le travail comme l’essence de l’homme, tandis que le second le considérait comme à la fois propre à l’homme et aliénant. Cette ambivalence du travail chez Marx est d’ailleurs à l’origine des controverses ultérieures, surtout après qu’Arendt en eut nié la moindre capacité d’insertion et de reconnaissance sociales. Aussi est-il peut-être un peu exagéré de prétendre que « le XIXe siècle est celui où la glorification du travail est à son apogée » (p. 71), sans dire qu’il fut celui où fut critiquée son aliénation. D’ailleurs, Dominique Méda cite à raison Sismondi, Buret, Villermé (mais pas Engels) dénonçant la misère ouvrière. Et on pourrait nuancer l’affirmation « à mesure que le temps passe, pour un nombre d’individus toujours plus grand, la sécurité vient désormais de la vente de la force de travail » (p. 73), parce que ce n’est pas de la vente que vient cette protection, mais des conditions institutionnelles et politiques dans lesquelles la force de travail est vendue, protégée par le droit du travail et la bien nommée protection sociale.

Le travail est toujours présenté sous une double face chez Marx : socialisateur et aliénant, anthropologique et socio-historique, concret et abstrait, producteur de valeur d’usage et producteur de valeur. C’est cette dialectique permanente du travail que ne prend pas suffisamment en compte Dominique Méda. J’émets l’hypothèse que cette absence explique que bon nombre d’auteurs passent à côté de la compréhension de ce qu’est la valeur dans le système capitaliste. Trop souvent confondue avec la richesse, ne pas relier la valeur au travail socialisé qui la fonde conduit à de nombreux contresens et lamentations sur le PIB. Pauvre Kuznets et pauvres statisticiens, coupables d’« exclusion de ce qui est produit à l’intérieur du foyer hors de la richesse de la Nation ; exclusion de ce qui concerne la famille hors des affaires de la Nation ; exclusion de cette production de toute possible estimation de valeur »........

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