Déjoué par la seule chose qui pouvait l’arrêter
La retraite ne faisait pas partie des plans de Rodger Brulotte. Il comptait continuer à travailler encore longtemps avant que le cancer ne le frappe de plein fouet en septembre dernier.
« Voyons Rodger, il faudra bien que tu arrêtes un jour », que je lui disais chaque fois qu’on abordait le sujet.
Il avait une réplique toute prête.
« Pis toé qu’est-ce que tu vas faire si tu décroches ? Rester à la maison à ne pas savoir quoi faire ? Tu vas voir que c’est plate quand tu n’es plus dans l’action. N’arrête pas, continue ! »
Comme quoi on ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez.
Je bosse encore, mais Rodger n’est plus. Le cancer a eu raison de lui en six mois.
La dernière fois que je lui ai rendu visite au CHUM avec ma conjointe et un couple d’amis, il montrait pour la première fois depuis le début de son calvaire les signes de quelqu’un de gravement malade.
Visage amaigri, teint blafard, voix faible.
Sur le chemin du retour à la maison, j’ai pensé que c’était peut-être la dernière fois que je le voyais.
Rodger........
