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L’autre combat méconnu de Jakub Dobes

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25.03.2026

Le gardien du Canadien Jakub Dobes n’est plus disponible pour les médias jusqu’à nouvel ordre.

On l’a vu sur la glace avec Marc Denis après le match mardi soir. Sinon, il ne se présente plus devant les médias depuis quelques jours. Même si les journalistes le demandent.

Ça soulève beaucoup de questions. À première vue, c’est très étrange.

Il n’y a pas un gars qu’on veut plus entendre que lui chez le Canadien. Il est drôle, sensible, rigoleur, passionné et attachant. Il déborde toujours d’émotions. C’est plaisant pour le public. Il était tellement cool avec Marc Denis mardi soir. Et en plus. Il est en feu. Bref, c’est lui qu’on veut entendre.

Mais non. Ce n’est pas possible.

Est-ce que son franc-parler fait trop peur à la direction du Canadien ? On veut le museler pour s’assurer que ce soit des gars qui répètent la cassette ?

Pas du tout. Il n’y a pas de complot et la direction du Canadien n’est pas reptilienne ni franc-maçonne.

Au contraire, chez le Canadien, son émotion est contagieuse. Personne ne lui demande de se calmer. C’est dans sa nature.

C’est plutôt Dobes lui-même qui veut prendre une pause des entrevues avec les médias.

Pas qu’il déteste ça. C’est plutôt que ça le rend très nerveux. C’est un combat pour lui.

Ça ne paraissait pas trop, pourtant. Mais c’est le cas. J’en ai eu la confirmation.

Si certains peuvent y voir un signe de faiblesse ou d’immaturité, je le vois plutôt comme un signe de courage et de maturité.

La santé mentale demeure assez taboue dans la LNH. De voir un jeune joueur qui reconnaît ses limites et qui décide d’agir en conséquence, je trouve ça rassurant. Ça témoigne d’une certaine évolution de cette question dans un sport où se donner des coups de poing dans la face est valorisé.

Oui, le Canadien arrive au bout de sa reconstruction. Mais Dobes, personnellement, est en plein dedans. Il a seulement 51 matchs dans la LNH.

Il avait 17 ans quand il est débarqué en Amérique du Nord, sans parler anglais. Il a joué au Kansas, dans le Nebraska, en Ohio, à Laval et à Montréal. Il est rendu à 24 ans. C’est un méchant périple. Il a bûché fort pour atteindre son rêve. Maintenant qu’il le caresse enfin, il veut mettre les chances de son bord.

Je ne crois pas que la pression médiatique à Montréal est suffocante.

Elle est énorme, la pression, surtout quand tu es gardien, mais ça ne vient pas des médias. Elle vient des attentes, des salles combles, de la passion des fans, des réseaux sociaux et des athlètes eux-mêmes.

Jakub Dobes veut faire partie du succès de l’organisation. Il veut plaire. Il veut que ça fonctionne. C’est pour ça qu’il a lancé un « ça va » en début d’entrevue avec Marc Denis.

Et il veut assurément plaire aussi quand il s’adresse aux spectateurs, via les questions des journalistes. Il veut arriver avec quelque chose d’original et de sympathique à dire, pour ne pas avoir l’air comme tant de joueurs plates qui répètent les mêmes banalités. C’est rare qu’il soit plate, Dobes.

Mais si ça l’angoisse et que ça occupe son cerveau en fin de match, ça ne fonctionne pas du tout. Surtout alors qu’il joue les matchs les plus importants de sa vie.

Il n’est pas le premier ni le dernier jeune athlète à vouloir prendre une pause des journalistes. Naomi Osaka et Emma Raducanu, au tennis, ont déjà fait la même chose. Connor McDavid et Rasmus Dahlin aussi. Même chose pour Trevor Lawrence dans la NFL.

Le jeune Dobes a seulement à faire ce que tous ces athlètes ont fait. Ils ont été aidés et ont trouvé des outils pour gérer leur anxiété. Et après, tout est beau.

C’est beaucoup de choses à gérer, tout ça, pour un gars de 24 ans plutôt émotif de nature. J’ai de la misère à dormir quand je ne suis pas certain d’avoir mis la poubelle sur le bord du chemin la bonne journée. Je ne m’imagine pas être à sa place.


© TVA Sports