Montréal 1976 : quand le Québec a accueilli le monde
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Montréal 1976 : quand le Québec a accueilli le monde
Voyages dans l’histoire canadienne Season 5/Episode 1 French Transcript
Le sujet des Jeux olympiques de Montréal de 1976 évoque souvent le fameux gouffre financier ou le célèbre toit du Stade olympique… ou plutôt son absence. Pourtant, il y a énormément de choses à célébrer dans ces Jeux. Certains des plus grands athlètes de l’histoire ont brillé sur la scène internationale, dont Nadia Comăneci, Bruce Jenner, Sugar Ray Leonard et bien d’autres. Cinquante ans plus tard, Voyages dans l’histoire canadienne revient sur les premiers Jeux olympiques accueillis par le Canada et explore comment cet événement a contribué à façonner les décennies suivantes à Montréal et dans le reste du Québec.
Notre animatrice, Ariane-Li Simard-Côté, s’entretient avec Hélène Boivin, une athlète québécoise qui n’avait que 17 ans lorsqu’elle a participé aux Jeux de Montréal. On vous invite à voyager avec elle dans ses souvenirs de cette grande aventure olympique. Ensuite, Pierre Gince, auteur du livre « Les Jeux olympiques de Montréal et nous : 50 ans, 50 regards », revient sur les grands moments des Jeux : les scandales, les réussites, leur héritage durable et, bien sûr, l’incroyable performance de Nadia Comăneci.
Listen to the episode:
Ariane-Li Simard-Cote: L’Histoire est sur le point de s’écrire. C’est le 18 juillet 1976. Nous sommes au Forum de Montréal, au cœur de la métropole. Et tous les regards dans la salle, dans la ville, et peut-être même dans le monde entier, sont tournés vers une jeune gymnaste roumaine de 14 ans. La tête haute, les épaules tirées vers l’arrière, Nadia Comăneci s’avance sur le tapis. Elle se place devant les barres asymétriques. Elle inspire profondément. Elle frotte ses mains l’une contre l’autre. Et c’est parti…
Clip: Bonne entrée. Une bascule très bien. Bonne tenue de jambe. Perfection à l’appui tendu. Regardez la hauteur… Elle aura sûrement un pointage…Oh là… Et elle se prépare pour faire sa prise de lampe qui est réussie, et le heck… Oh là ! Formidable !
Ariane-Li Simard-Cote: Son incroyable routine lui vaut la note parfaite de 10. La toute première de l’histoire olympique. Et la première d’une série de sept – oui, sept notes parfaites à Montréal pour Nadia Comăneci. Elle était sur toutes les lèvres pendant ces Jeux olympiques. Même aujourd’hui, cinquante ans plus tard, si vous demandez à presque n’importe qui dans le monde ce qu’il retient des Jeux olympiques de Montréal, le premier nom qui vient à l’esprit est probablement celui de Nadia Comăneci. Sauf, peut-être, si vous demandez à un ou une Québécoise. Là, autre chose pourrait lui venir en tête : Jean Drapeau, le gouffre financier, le Stade olympique, ou encore la naissance de Montréal comme métropole culturelle mondiale.
Bienvenue à Voyages dans l’histoire canadienne. Je suis votre animatrice, Ariane-Li Simard-Côté, et dans cet épisode : l’héritage des Jeux olympiques de Montréal de 1976, cinquante ans plus tard.
Helene Boivin: Je me souviens qu’il faisait très chaud. Et nous autres, étant donné qu’on était le pays hôte, donc on rentrait en dernier dans le stade.
Ariane-Li Simard-Cote: Hélène Boivin vient d’Arvida, une petite ville du Saguenay–Lac-Saint-Jean, au Québec. Ancienne nageuse, elle n’a que 17 ans lorsqu’elle participe aux Jeux olympiques de Montréal.
Helene Boivin: Et puis là, on nous avait dit : « Attention, parce que là, quand vous allez passer devant la reine, il faudra la regarder un peu puis la saluer. » Fait que, ben oui, là, on est tous excités. On est fatigués en même temps parce que là, il faut attendre que tout le monde passe. Et là, au moment où on se présente tout près du stade, il y avait déjà des gens à l’extérieur qui applaudissaient. Et au moment de rentrer, je vous dirais que c’était spécial parce que tout ce qu’on entendait, c’était du bruit, du bruit, de la musique. On n’entendait rien clairement.
Et au moment où on a passé devant la reine, mais ça, c’était tout le monde, parce que j’avais déjà dit une fois à un journaliste que, bien non, j’ai pas salué la reine. On était tellement excités que tout le monde regardait partout… Les couleurs et tout ça. Il avait dit que j’avais oublié de saluer la reine. En fait, tout le monde a oublié… tout le monde a oublié de saluer la reine parce que tout le monde regardait partout. Partout, partout, partout. Ça a été magique. Ça, vraiment… Au moment où on mis a les pieds, pis la musique commence… Oh, boy boy. C’était spécial, ça. Le bruit, là… Ouh!
Helene Boivin: Fait que là, on était fiers, on faisait le tour au complet. À un moment donné, les gens saluaient. Puis « bravos, go go go ! » C’était ça. C’était ça, la journée. Mais après ça, évidemment, ça a été fatigant parce que là, les compétitions commençaient quand même des fois le lendemain ou le surlendemain.
Extrait: Je proclame l’ouverture des Jeux olympiques de 1976, célébrant la 21ᵉ Olympiade de l’ère moderne.
Ariane-Li Simard-Cote: Parmi plus de six mille athlètes venus de 92 pays différents à Montréal, la compétition d’Hélène commence quelques jours après la cérémonie d’ouverture — et non sans quelques tensions…
Helene Boivin: Ça aussi, c’était un petit moment comique parce que moi, j’étais la première course du matin. Alors, c’était les préliminaires et puis, à un moment donné, on se prépare, on fait le réchauffement puis, au moment de mettre mon casque de bain, il a pété. Ça fait que là, je cherche, je cherche. Ça me prend un autre casque, ça me prend un autre casque. Fait que ça, ça commençait… Le stress était déjà très élevé. Alors, j’ai réussi à trouver un casque de bain. Bon, je fais ma première épreuve, puis j’ai battu le record olympique à ce moment-là.
Ariane-Li Simard-Cote: Hélène nage le 100 mètres papillon en 1 minute 2 secondes et 67 centièmes.
Helene Boivin: Moi, j’ai pas réalisé là, là. Moi, j’ai fait : « Ah oui, j’ai fait un bon temps. » Parce que j’avais vraiment abaissé mon temps. On se représente en dessous de l’autre bassin, tout le monde vient te chercher. Bon, là, c’est ça. OK. Et à la fin des préliminaires, là, j’ai appris que j’étais 8ᵉ au total, donc je pouvais faire les demi-finales. Et je pense que ça s’est passé la même journée, et c’est là que j’ai perdu une place. Parce que pour faire les finales, c’est les huit premiers, je l’ai perdue par quelques dixièmes, un dixième.
Ariane-Li Simard-Cote: Elle termine neuvième. Devant elle, les Est-allemandes dominent la course : Kornelia Ender remporte l’or, Andrea Pollack l’argent. Rosemarie Kother-Gabriel prend également la cinquième place. Des années plus tard, il sera prouvé que les médecins est-allemands administraient systématiquement des stéroïdes à leurs athlètes. Selon Hélène, des soupçons existaient déjà, avant même les Jeux de 1976.
Extrait: Renate Neufeld ne participera pas aux Jeux olympiques à Moscou l’an prochain. Elle a non seulement quitté l’équipe de la République démocratique allemande pendant l’entraînement, mais s’est de surcroît réfugiée de l’autre côté du mur en République fédérale. Pourquoi Renate Neufeld a-t-elle renoncé aux avantages importants dont bénéficient les athlètes dans les pays communistes ? Eh bien, parce qu’elle ne supportait plus les drogues que les sportives de l’Allemagne de l’Est sont obligées d’absorber. Elle est la première à révéler publiquement ce que les milieux sportifs murmurent tout bas : les athlètes est-allemands sont dopés. Déjà aux Jeux olympiques de Montréal, les sportifs…
Helene Boivin: Ça faisait longtemps. Ça se parlait quand même beaucoup. Il s’est dit tellement de choses : « Ah, il congèle le sang, il le réinjecte. Ah non, tel produit. » Il s’est dit tellement de choses, ça n’avait pas de sens. Mais quand on les voyait en personne, effectivement, c’était assez impressionnant. Nous autres, on se trouvait grandes, cinq et sept et huit. Mais eux, qui avaient déjà une six pieds, six pieds un. Mais c’est sûr que ça se parlait. Puis ça se parlait dans les autres pays aussi.
Ariane-Li Simard-Cote: Un an après les Jeux olympiques de Montréal, Kornelia Ender, qui avait remporté l’or dans l’épreuve à laquelle Hélène Boivin avait participé, est exclue de l’équipe est-allemande. Selon plusieurs rapports, cette exclusion serait arrivée après qu’Ender ait refusé de continuer à prendre des stéroïdes. Elle comptait alors déjà quatre médailles d’or olympiques et quatre médailles d’argent, sans avoir encore 20 ans. Elle ne participera plus jamais aux Jeux olympiques.
Mais les Jeux olympiques sont bien plus qu’une histoire de sport et de scandales, c’est aussi une histoire de communauté. Une fois sa compétition terminée, Hélène passe la majeure partie de son temps au Village olympique, une immense structure située à quelques pas du Parc olympique. Après les attentats tragiques des Jeux de Munich en 1972, la sécurité y est extrêmement stricte.
Helene Boivin: Ce qui est impressionnant, c’est le fusil. Moi, je ne suis pas habituée à ça, là. Chez nous, au Québec, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. C’était très, très, très serré.
Ariane-Li Simard-Cote: Plus de 17 000 personnes assurent la sécurité des Jeux : des membres des Forces canadiennes, de la police de Montréal, de la GRC et de la Sûreté du Québec. Aucun incident majeur n’est signalé. Et pour Hélène, l’expérience au Village olympique est plutôt agréable.
Helene Boivin: Moi, ce que j’ai aimé, c’est que ça se passait chez nous, au Québec. Alors ça, pour moi, ça a été magique aussi. Bien, on se sentait encore plus supportés. Les gens nous reconnaissaient. C’est sûr qu’on portait évidemment, nous autres, constamment les choses du Canada, le chandail, le pantalon, tout ça. Puis souvent, moi, je quittais quand même des fois le village pour aller à pied à la piscine. C’était pas très loin. Puis les gens klaxonnaient, nous disaient : « Oui, bravo ! Vive ! » C’était vraiment agréable.
Ariane-Li Simard-Cote: L’un des principaux lieux de rencontre entre les athlètes, c’étaient les différentes cafétérias…
Helene Boivin: Hey, on était comblés. Vraiment, là. C’était vraiment spécial. C’était ouvert très, très tard parce qu’il y en a qui finissaient leurs épreuves très, très tard. Vraiment, c’était bien fait, ça. Je pense qu’il n’y a pas personne, personne qui a dit quoi que ce soit contre la nourriture aux Jeux de 76.
Ariane-Li Simard-Cote: C’est dans les cafétérias et dans le reste du Village olympique que les athlètes passent leur temps, apprennent à se connaître, et échangent quand ils le peuvent…
Helene Boivin: Mais au niveau des autres........
