Ces scientifiques qui autopsient les cétacés échoués sur nos côtes
Ils sont 500 hommes et femmes répartis un peu partout sur les côtes françaises. Tout au long de l’année, on les appelle lorsqu’un mammifère marin s’échoue sur une plage, que ce soit un phoque ou bien un cachalot, en passant par des dauphins et même des lamantins ou des éléphants de mer en outre-mer.
Les informations qu’ils ont pu recueillir lors des quelque 35 000 examens réalisés à ce jour sont précieuses pour la science. Elles permettent de mieux comprendre ces mammifères encore très mystérieux et d’étudier les effets des activités humaines en mer.
Olivier Van Canneyt, ingénieur de recherche à La Rochelle Université et directeur adjoint de l’unité d’appui et de recherche Pelagis (CNRS – La Rochelle Université), coordonne ce réseau. Il nous raconte ce travail particulier, ses défis logistiques comme ses évolutions, depuis les années 1970 jusqu’aux récents échouages d’un rorqual boréal à l’île de Ré, en Charente-Maritime, et d’un très méconnu Mesoplodon de True, à Capbreton dans les Landes.
The Conversation : Comment est né le Réseau national d’échouage (RNE) ?
Olivier Van Canneyt : C’est une longue histoire. Elle commence dans les années 1970. Un docteur en médecine, du nom de Raymond Duguy, était conservateur au Muséum national d’histoire naturelle de La Rochelle et il a commencé à s’intéresser aux mammifères marins qui vivaient le long des côtes françaises.
À cette époque, il y avait encore très peu de données disponibles à leur sujet. En 1963, un échouage de masse était survenu sur l’île d’Yeu : tout un groupe de globicéphales noirs sont morts sur la plage. Le Dr Duguy a alors été sollicité pour venir faire des observations sur ces animaux. Il a, comme cela, réalisé que les échouages permettaient d’acquérir des informations sur la présence des animaux au large de nos côtes.
Raymond Duguy a alors commencé à réfléchir à la façon dont ce genre d’informations pouvait être recueilli efficacement et, au début des années 1970, s’est mis en place le réseau Échouage, avec des associations, des muséums, des laboratoires. Il y avait déjà des correspondants du réseau du nord de la France jusqu’en Méditerranée.
Comment a évolué, depuis, le réseau ?
O. V. C. : Au début, l’objectif était très naturaliste. On voulait répondre à des questions comme « Quelles sont les espèces ? », « Où peut-on les retrouver ? », « À quelle saison ? ».
Dans les années 1980, on s’est intéressé également à la biologie des animaux, et on s’est rendu compte qu’il y avait aussi un intérêt à faire des prélèvements sur ces animaux pour pouvoir répondre à des questions, telles que « Que mangent ces espèces ? », « Combien de temps vivent-elles ? », « Comment se reproduisent-elles ? ».
Dans les années 1980 ont également eu lieu les premières thèses fondées sur les données du réseau Échouage.
Dans les années 1990, ensuite, les causes de mortalité ont commencé à constituer un nouvel intérêt, du fait de pics d’échouages de dauphins sur la côte atlantique. On a alors voulu répondre à des questions sur les origines et les saisonnalités de ces phénomènes. Le lien a été rapidement fait avec les captures accidentelles dans les engins de pêche.
Il y a donc eu un intérêt inédit portant sur l’identification des causes de mortalité de manière précise pour comprendre les pressions que subissent ces animaux vis-à-vis des activités humaines. Chez d’autres grands cétacés, il y avait aussi des problèmes de collision. Les échouages pouvaient alors être utilisés comme un indicateur des menaces, d’autant plus que, entre temps, le réseau Échouage s’était alors largement étoffé, en matière de maillage géographique, de nombre de participants. Il devenait aussi de plus en plus connu des communes, des services de secours.
Depuis d’autres questions sont advenues. En plus de l’étude des mammifères marins, de la structure des populations, ont émergé des enjeux, comme les contaminants, l’impact des changements environnementaux.
Nous avons également pu constituer une des plus importantes banques de données de prélèvements de tissu et d’organes en Europe. De nombreux laboratoires viennent d’ailleurs la consulter.........
