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Les limites de l’économie, au‑delà des caricatures

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30.07.2026

Les critiques d’une science économique hors sol et technocratique méritent d’être entendues, mais elles ignorent souvent la transformation profonde de la discipline. Devenue largement empirique, celle-ci mobilise l’identification causale pour analyser les politiques publiques et les comportements, tandis que ses approches normatives interrogent les choix éthiques qui fondent nos décisions collectives. Encore faut-il la critiquer pour ce qu’elle est devenue, et non pour ce qu’elle a été.

Dans une récente tribune, Gaspard Kœnig reproche aux (micro)économistes de se comporter « comme s’ils pratiquaient une science exacte », d’énoncer des conclusions « bien connues » et de s’être « déconnectés de toute réflexion éthique ». Si la charge séduit, c’est en partie parce qu’elle flatte une méfiance diffuse envers l’expertise et l’abstraction mathématique. Mais elle repose en partie sur une représentation dépassée de l’économie contemporaine, tout en invitant à reformuler les bonnes critiques.

Depuis trente ans, la discipline s’est profondément transformée. L’attention s’est déplacée des grands modèles à vocation universelle vers l’identification rigoureuse des effets causaux. La science économique est ainsi devenue largement empirique : il s’agit désormais moins de construire une explication générale que de déterminer les effets d’un phénomène donné, comme une pandémie ou un choc climatique, ou d’une politique publique, qu’il s’agisse d’une réforme fiscale, d’une politique éducative ou d’un programme d’aide à l’emploi.

Les effets étudiés ne se limitent plus aux comportements traditionnellement qualifiés d’« économiques », tels que l’investissement, la consommation ou l’emploi. Ils concernent aussi la santé, les performances scolaires, les comportements environnementaux, le bien-être ou encore la confiance. Cette extension à des questions sociétales plus larges, et les empiètements qu’elle peut entraîner sur le terrain des autres sciences sociales suscitent parfois des réticences. Elle traduit pourtant une ambition féconde : mobiliser les outils de l’inférence causale dans des domaines toujours plus nombreux.

Bien au-delà des évidences

On entend parfois que la recherche économique ne ferait que confirmer des évidences. C’est souvent l’inverse. Par exemple, une expérimentation randomisée menée au Kenya par Esther Duflo et ses coauteurs montre que regrouper les élèves par niveau, pratique souvent soupçonnée d’accroître les inégalités, améliore en réalité les résultats des élèves les plus faibles autant que ceux des plus forts.

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Et même lorsqu’un résultat paraît conforme à l’intuition, l’enjeu n’est pas seulement d’en connaître le signe. Il faut mesurer sa taille, son........

© The Conversation