Ce que les paiements en cryptomonnaies exigés par l’Iran disent du rôle millénaire de la monnaie
Du bronze aux cryptomonnaies, l’histoire montre que la monnaie sert d’abord à commercer à distance, entre inconnus. Les pratiques actuelles de l’Iran et de la Russie en offrent une illustration contemporaine.
Lorsque l’Iran a commencé à exiger un paiement en échange d’un passage sécurisé dans le détroit d’Ormuz, Téhéran a ouvert la porte à des règlements en cryptomonnaies. Même logique du côté du réseau opaque de pétroliers qui, depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, écoule clandestinement du pétrole russe sur les marchés mondiaux : ces flux sont souvent réglés de cette manière.
Partout dans le monde, les acteurs illicites se tournent de plus en plus vers les cryptomonnaies pour commercer en échappant aux sanctions américaines. En procédant ainsi, des États comme la Russie et l’Iran réactivent une fonction ancienne de la monnaie, déjà à l’œuvre dès l’âge du bronze : permettre des échanges entre inconnus, au-delà des frontières politiques.
Dans mon ouvrage Shell Money (2024, non traduit en français), qui explore certaines des plus anciennes formes de monnaie au monde, je montre que des dynamiques similaires traversent toute l’histoire.
Les monnaies modernes comme le dollar américain ou l’euro reposent sur la confiance accordée aux institutions financières des États — à l’image des premières pièces métalliques de l’Antiquité, frappées par les cités grecques pour lever l’impôt et rémunérer les soldats. À la préhistoire, en revanche, de nombreux systèmes monétaires se sont développés sans l’appui d’un pouvoir étatique, à l’image des lingots de bronze.
Cuivre, étain et échanges à longue distance
L’âge du bronze (environ 2500 à 500 av. J.-C.) est marqué par des voyages à longue distance et une........
