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Comment mesurer la précarité énergétique ?

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05.02.2026

La précarité énergétique est un phénomène bien réel, mais difficile à cerner précisément. Selon la manière dont elle est mesurée, certaines personnes peuvent ne pas être reconnues comme concernées et passer à côté des dispositifs d’aide, qu’il s’agisse de se chauffer correctement en hiver ou de se protéger de la chaleur en été.

Alors que la hausse durable des prix de l’énergie et le changement climatique accentuent les situations d’inconfort thermique, la précarité énergétique s’impose comme un enjeu social majeur en France et en Europe. Les chiffres abondent – ménages consacrant une part élevée de leurs revenus à l’énergie, ménages ayant eu froid chez eux, situations d’impayés ou de restrictions de chauffage – et nourrissent une inquiétude légitime.

Pourtant, cette visibilité croissante masque une réalité plus complexe : selon l’indicateur mobilisé, on ne désigne pas toujours les mêmes ménages comme « précaires », et une partie importante de la population demeure invisible aux yeux des politiques publiques. Alors comment bien mesurer la précarité énergétique ?

En France, la précarité énergétique fait l’objet d’une définition juridique depuis l’article 11 de la loi Grenelle II de 2010, qui la caractérise comme la difficulté pour un ménage de satisfaire ses besoins énergétiques essentiels en raison d’une combinaison de facteurs, notamment des revenus insuffisants, des logements peu performants sur le plan énergétique et des prix élevés de l’énergie.

Cette définition, reprise et largement mobilisée dans les travaux statistiques et les politiques publiques, est proche de celle retenue au niveau européen, qui insiste également sur l’incapacité des ménages à accéder à des services énergétiques essentiels à un coût abordable. Elle a le mérite de souligner le caractère fondamentalement multidimensionnel du phénomène.

Pourtant, dans la pratique, cette richesse conceptuelle est souvent réduite à un ou deux indicateurs simples, principalement fondés sur les dépenses énergétiques.

En France, un ménage est fréquemment considéré comme précaire lorsqu’il consacre plus de 8 ou 10 % de ses revenus à l’énergie et appartient aux ménages à bas revenus. Ces indicateurs présentent des avantages évidents, simplicité de calcul, comparabilité dans le temps et lisibilité pour le grand public. Mais leurs limites sont désormais bien établies. Ils mesurent les dépenses réalisées plutôt que les besoins réels, et ignorent les stratégies de restriction adoptées par de nombreux ménages en difficulté, dont les factures peuvent sembler modérées bien qu’ils subissent un inconfort élevé.

Par exemple, en France, près de 35 % des personnes déclarent avoir souffert du froid dans leur logement au cours de l’hiver 2024-2025, selon le dernier tableau de bord de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE).

Dans la même édition, une proportion significative de ménages déclare avoir restreint volontairement le chauffage pour éviter........

© The Conversation