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Faire la fête avec Cléopâtre, était‑ce de la débauche ou de la piété ?

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24.03.2026

Que sait-on des fêtes fastueuses organisées par la reine Cléopâtre dans son palais, à Alexandrie, ou dans son bateau lors de ses déplacements ? S’agissait-il de pure débauche comme le prétendent les auteurs antiques ou bien d’actes de piété religieuse ?

C’est pour éblouir Marc Antoine, écrit l’auteur antique Plutarque dans sa Vie d’Antoine, que Cléopâtre aurait orchestré une véritable stratégie de séduction, mêlant fête et luxe.

Marc Antoine se trouve en Asie Mineure, l’actuelle Turquie, dont il doit réorganiser l’administration. Il y convoque Cléopâtre en même temps que les autres souverains locaux, vassaux de l’Empire romain. Rome est alors la grande puissance dominant le monde méditerranéen et le Proche-Orient.

La reine décide de se faire attendre un peu, nous raconte Plutarque. Elle prend son temps, parce qu’elle souhaite arriver après tous les autres. Elle part finalement à la rencontre de Marc Antoine sur un luxueux navire. Un véritable palais flottant. Elle y prend place vêtue en déesse.

Elle est « telle qu’on peint Aphrodite », écrit Plutarque (Vie d’Antoine 26). L’auteur antique avait en tête les fresques, du type de celle retrouvée à Pompéi dans la maison dite « de la Vénus à la coquille », montrant la déesse de l’érotisme vêtue de ses seuls bijoux.

Cléopâtre arrive à Tarse entourée d’un grand nombre de figurants et de figurantes qu’elle a embarquées sur son navire : de belles filles et de beaux garçons. Les garçons ont des ailes accrochées dans le dos comme des Éros, petit dieu de l’amour, fils d’Aphrodite.

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Les jeunes filles, elles, sont déguisées en divinités de la mer. Leurs corps dénudés ne sont couverts que d’algues marines.

Cette étonnante mise en scène s’inscrit dans la tradition des grandes manifestations orchestrées par les prédécesseurs de Cléopâtre dans le cadre de ce qu’on peut qualifier de « monarchie-spectacle » des Ptolémée. Les souverains ptolémaïques, à partir du règne de Ptolémée II et de sa sœur-épouse Arsinoé II, au IIIe siècle avant notre ère, organisaient d’impressionnantes processions à Alexandrie, comme le rappelle l’auteur antique Athénée de Naucratis (Deipnosophistes V, 196-200).

Fêtes et défilés grandioses permettaient aux rois et aux reines de se mettre en scène comme des souverains et des divinités vivantes.

La plus belle fête de l’Antiquité

Le spectacle de l’arrivée fastueuse de Cléopâtre à Tarse provoque un........

© The Conversation