Zimbabwe, Venezuela, Philippines : les banques centrales aussi peuvent faire faillite !
Une banque centrale a un pouvoir de seigneuriage, hérité du Moyen Âge. Elle peut créer de façon illimitée de la monnaie. Alors comment est-il possible qu’elle puisse faire faillite ? Explication avec les cas du Zimbabwe, du Venezuela et des Philippines.
Une banque centrale ne pourrait pas faire faillite, car elle dispose du pouvoir féodal de « battre monnaie », ou seigneuriage. Ce terme désigne le privilège d’émettre de la monnaie ; il est autrefois détenu par les seigneurs féodaux, aujourd’hui par les États. Il repose sur la différence entre la valeur de la monnaie émise – comme l’or initialement – et son coût de fabrication ainsi que les intérêts perçus.
De façon théorique, une banque centrale ne pourrait faire faillite ; elle a toujours la capacité de créer de la monnaie. Cependant, les exemples du Zimbabwe, du Venezuela ou des Philippines fournissent les preuves qu’elle peut bel et bien se retrouver en situation d’insolvabilité.
Ces cas historiques mettent en évidence les limites du seigneuriage, notamment face à la dollarisation de l’économie mondiale.
Seigneuriage de la monnaie
Le seigneuriage contribue à maintenir la solvabilité d’une banque centrale. Ce revenu, tiré de l’émission de monnaie, renforce ses fonds propres (ses ressources) et procure de facto une source illimitée de revenus futurs. Concrètement, pour régler leurs dettes, il lui suffit de créer de la monnaie.
Le pouvoir de seigneuriage ne s’exerce que sur la monnaie nationale. Si une banque centrale peut créer sa propre devise, elle ne peut le faire avec une autre monnaie. Par exemple, seule la Banque centrale européenne (BCE) est autorisée à créer des euros.
Les réserves de change, en euro ou en dollar états-unien, deviennent alors cruciales. Sans elles, la banque centrale ne peut plus intervenir efficacement sur le marché des changes ni financer les importations essentielles à son pays. Par exemple, fin 2024, les Philippines disposaient d’une réserve de 106 milliards de dollars états-uniens fin 2024 (92,54 milliards d’euros) à l’actif du bilan de la banque centrale.
Une banque centrale n’est pas une banque privée
Une banque centrale diffère d’une entreprise privée. Elle ne peut pas être liquidée au sens juridique du terme. Son capital peut devenir négatif sans interrompre ses opérations de politique monétaire, de refinancement bancaire, de gestion des réserves de change ou de paiement.
Elle peut continuer à fonctionner même avec des pertes et n’est soumise à........
