États‑Unis : quand les imaginaires religieux justifient (ou non) la guerre en Iran
Aux États-Unis, l’escalade militaire qui a démarré le 28 février en Iran ne peut être comprise uniquement à partir de logiques militaires ou diplomatiques. Elle s’inscrit également dans un champ symbolique et religieux dense, où traditions théologiques et narrations identitaires et imaginaires eschatologiques divers contribuent à légitimer, à contester ou à réinterpréter la violence des armes.
Quand on parcourt les prises de position publiques de ces derniers jours aux États-Unis, il est frappant de constater à quel point polarisation politique et polarisation religieuse s’entremêlent. Les partisans de l’opération lancée contre l’Iran conjointement avec Israël ont volontiers recours au registre religieux : sacralisation du leadership politique états-unien, mise en scène religieuse de la guerre, vision apocalyptique de l’affrontement actuel dans certains segments de l’appareil militaire, justification biblique par certains milieux chrétiens pro-israéliens… Dans le même temps, une partie de l’extrême droite américaine, habituellement alignée sur l’administration Trump, promeut une vision complotiste et antisémite des derniers événements.
Ces dynamiques se heurtent à un ensemble de discours religieux profondément étrangers à la logique de guerre et à la moindre justification biblique ou morale de la destruction de l’Iran. Ces prises de position, mises en avant aussi bien par des Églises américaines protestantes que par l’Église catholique des États-Unis et par le Vatican, réaffirment les principes du droit international et contestent la mobilisation du sacré au service de la guerre.
La sacralisation du leadership politique : Trump et l’imaginaire apocalyptique
Le premier élément de cette configuration est la construction autour de la figure de Donald Trump d’un imaginaire politico-religieux propagé par un ensemble de théologiens et de leaders fondamentalistes, qu’on peut qualifier de protestants charismatiques, au sein d’une mouvance contemporaine, la Nouvelle Réforme apostolique, qui se présente comme une véritable restauration du pouvoir spirituel chrétien, où les leaders prophétisent et interprètent les événements comme des signes divins.
Plusieurs de leurs personnalités médiatiques – Paula White, Lance Wallnau, Cindy Jacob, Dutch Sheets – ont magnifié, depuis sa première candidature, Donald Trump, allant jusqu’à le voir en lui un acteur providentiel inscrit dans l’histoire du salut.
Cette lecture mobilise notamment une typologie biblique fondée sur la figure du roi David, souverain choisi par Dieu malgré ses fautes personnelles. En 2016, Jerry Falwell Junior, président de la Liberty University, expliquait ainsi que Dieu avait choisi David malgré ses péchés et qu’il fallait juger un leader politique comme un roi, non comme un pasteur. De son côté, Franklin Graham, président de la Billy Graham Evangelistic Association, a mobilisé la même typologie pour justifier le soutien évangélique à Trump.
Ce schéma herméneutique permet de neutraliser les critiques morales à l’égard du président, tout en l’inscrivant dans une narration providentialiste. Se prenant au miroir de son « élection divine », Donald Trump, qui a pu se présenter comme le « Chosen One » (« l’Élu »), utilise un vocabulaire apocalyptique dans certains de ses discours, notamment lors d’un meeting tenu à West Palm Beach, le 26 juillet 2024, où il a implicitement évoqué une transformation radicale de l’ordre politique américain.
Cette rhétorique........
