Si les méchants hollywoodiens ont des cicatrices, c'est la faute des étudiants allemands du XIXe siècle
Si les méchants hollywoodiens ont des cicatrices, c'est la faute des étudiants allemands du XIXe siècle
Quel est le point commun entre les étudiants des fraternités allemandes, les cadres du parti nazi et les méchants de James Bond? La réponse: des visages suturés dont la mode est apparue en Prusse au XIXe siècle. Au point de se taillader soi-même au rasoir.
Temps de lecture: 5 minutes
6 septembre 2026 à 8h55 – Édité par Manon Michel
Une odeur de sueur, de métal et de désinfectant les saisit à la gorge. Dans un sous-sol de l'université de Heidelberg, deux bretteurs se tiennent à quelques pas l'un de l'autre, leurs esprits étourdis par la chaleur et les relents d'alcool. Derrière chacun d'eux, une ligne a été tracée à la craie. Surtout, ne pas reculer. Faire face, les pieds vissés au sol.
Les escrimeurs ajustent leur position: dos droit, genoux pliés, main gauche serrée en poing dans le dos. Ils n'ont pour protection faciale qu'une paire de lunettes grillagées, le reste de leur corps étant gainé de soie froissée et de cuir matelassé. L'arbitre fait signe. Les deux hommes se saluent en levant leur rapière.
Non loin de là, un chirurgien tape nerveusement du pied, sa trousse médicale à portée de main: quelques années plus tôt, en 1876, un étudiant de l'université de Göttingen a été tué lors d'une joute similaire. Le même dénouement n'est pas exclu.
À la fin du XIXe siècle, la plupart des fraternités allemandes pratiquent le duel d'honneur (Mensur) qui se déroule selon un rituel bien codifié. À l'origine, les étudiants le convoquaient pour résoudre des querelles personnelles –laver une insulte, venger une trahison ou simplement moucher un importun. À partir des années 1850, toutefois, le duel s'affranchit de cette fonction pour devenir un simple rite de passage, une forme d'initiation indispensable afin d'obtenir sa place au sein des fraternités.
La «Mensur», le sanglant combat à l'épée pratiqué par la jeunesse allemande
Comme s'il était seul à pouvoir révéler le caractère profond d'un individu, le Mensur tire son nom du latin mensura, «mesurer». Et qu'y mesurer, si ce n'est le tempérament d'un homme........
