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Sa femme l'espionne avec une caméra de surveillance, note son mot de passe et lui vole tous ses bitcoins

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20.03.2026

Sa femme l'espionne avec une caméra de surveillance, note son mot de passe et lui vole tous ses bitcoins

Lucas Déprez-Rose – 20 mars 2026 à 21h55

Une simple caméra de surveillance domestique aurait permis de capter une phrase de récupération et de détourner plus de 2.300 bitcoins, sans piratage informatique.

Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Gizmodo

Le monde des cryptomonnaies aime exhiber son vocabulaire technique pour vanter sa sécurité: décentralisation, immuabilité, chiffrement incassable. En pratique, la protection d'une fortune de 172 millions de dollars (150 millions d'euros) peut pourtant reposer sur… un bout de papier et l'angle d'une caméra de surveillance. L'affaire de Ping Fai Yuen remonte à 2023: alors que leur mariage bat de l'aile, son épouse aurait utilisé le système de vidéosurveillance du domicile pour l'espionner pendant qu'il saisissait la phrase de récupération (la séquence de mots aléatoires qui stocke les données nécessaires pour accéder ou récupérer une cryptomonnaie) de son portefeuille matériel.

Cette suite de mots, c'est le graal. Dans l'univers du bitcoin, si vous perdez votre appareil physique, cette phrase est votre seule roue de secours. Mais si quelqu'un d'autre la voit, il obtient le contrôle total des fonds. D'après les documents déposés devant la Haute Cour au Royaume‑Uni, c'est exactement ce qui se serait produit: un dispositif de sécurité domestique banal serait devenu l'arme d'un vol de 2.323 BTC, valorisés alors environ 60 millions de dollars, soit près de 172 millions au cours actuel.

L'affaire, révélée notamment par Gizmodo, prend des allures de thriller lorsque la fille aînée du couple prévient son père des intentions supposées de sa mère. Ping Fai Yuen installe alors des micros cachés pour tenter de piéger son épouse. Les enregistrements audio versés au dossier sont présentés comme accablants: on y entendrait sa femme évoquer la difficulté de convertir une telle somme de bitcoins en monnaie fiduciaire et les questions que ne manquerait pas de poser le système bancaire.

«Tu prétends que ton argent était en bitcoins, une somme pareille, tellement de questions, comment vas‑tu expliquer ça? Une telle somme que même dix banques ne suffiraient pas pour la déposer, tu ne peux pas expliquer comment tu as obtenu autant d'argent», aurait‑elle déclaré, selon la transcription citée par la presse. Des propos qui, s'ils sont authentifiés, témoignent au minimum d'une conscience de l'ampleur de la somme et de la difficulté à la blanchir discrètement via le système bancaire traditionnel.

La loi plus forte que le code

Le juge en charge du dossier a récemment autorisé la tenue du procès civil, rejetant la tentative de la défense de faire classer l'affaire au motif de la nature juridique du bitcoin dans la juridiction concernée. Parallèlement, l'histoire a déjà eu des conséquences pénales: en découvrant la disparition de ses fonds, Ping Fai Yuen a agressé son ex‑femme. Il a été arrêté, a passé plusieurs semaines en détention et a finalement plaidé coupable à plusieurs chefs d'accusation pour violences, avant même que le volet civil sur le vol présumé de cryptomonnaies ne soit jugé.

L'affaire illustre de façon très concrète le slogan «code is law» cher à certains passionnés de crypto –et ses limites. Sur la blockchain, la transaction est valide, irréversible: l'adresse qui détient désormais les 2.323 BTC est, du point de vue du protocole, la seule propriétaire légitime, parce qu'elle possède la clé privée. Mais dans le monde réel, celui des tribunaux et de la police, un transfert obtenu par contrainte, fraude ou intrusion dans la vie privée reste un délit, quelle que soit la sophistication de la technologie utilisée.

L'histoire de Ping Fai Yuen n'est pas isolée. En France, une agente du fisc est accusée d'avoir vendu des informations sensibles issues des bases de données de l'administration, utilisées ensuite dans au moins une agression violente au domicile d'un couple –un exemple de la façon dont des profils financiers peuvent devenir des cibles. En Arizona, deux adolescents ont été arrêtés après une tentative d'extorsion de plus de 60 millions de dollars (52 millions d'euros environ) en cryptomonnaies lors d'une intrusion de domicile où ils s'étaient fait passer pour des livreurs.

C'est tout le paradoxe de la supposée liberté financière: en devenant sa propre banque, on devient aussi son propre service de sécurité. Sans coffre‑fort blindé ni équipe de gardes, c'est parfois le salon, la caméra du couloir ou le mémo dans un tiroir qui devient le point le plus vulnérable d'une infrastructure financière reposant pourtant sur une cryptographie de pointe. Le procès à venir au Royaume‑Uni sera scruté de près par l'écosystème crypto comme par les juristes: il pourrait créer un précédent sur la manière dont la justice appréhende et, éventuellement, restitue des actifs volés dans un système conçu pour rendre toute transaction techniquement irréversible.

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