Punch le bébé macaque: pourquoi certaines femelles abandonnent-elles ainsi leurs petits?
Punch le bébé macaque: pourquoi certaines femelles abandonnent-elles ainsi leurs petits?
Laura Perren – 23 février 2026 à 20h55
Devenu en quelques jours une véritable star en ligne, le petit Punch abandonné par sa mère a ému le monde entier. Le réconfort trouvé auprès d'un doudou orang-outan illustre le besoin de contact des primates.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Guardian
Devenues virales, les images de Punch, un jeune de macaque de sept mois, et de sa peluche d'orang-outan ont fait le tour du monde. Rejeté à la naissance par sa mère, le petit primate du zoo d'Ichikawa, près de Tokyo au Japon, a trouvé un substitut affectif inattendu grâce aux soigneurs. Le sort du petit primate, né en juillet dernier au sein du parc animalier, a inquiété les internautes du monde entier.
Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent en effet le jeune animal poursuivi puis malmené par des macaques plus âgés, à l'intérieur de l'enclos. On le voit ensuite déambuler seul avec son jouet, qu'il serre régulièrement contre lui. À moins d'avoir un cœur de pierre, difficile de ne pas s'en émouvoir.
Face à ces scènes, le public s'est interrogé sur les raisons de cet abandon maternel. Dans les colonnes du Guardian, Alison Behie, anthropologue et spécialiste des primates à l'Université nationale australienne, rappelle que ce type de rejet reste inhabituel et résulte généralement de circonstances particulières liées à l'âge, la santé ou l'inexpérience de la mère. «Dans le cas de Punch, sa mère était primipare, ce qui indique un manque d'expérience. Son petit est né pendant une vague de chaleur, un environnement fortement stressant.»
Les bébés macaques s'agrippent habituellement au corps maternel dès la naissance, un comportement essentiel au développement de leur force musculaire. À dessein, les soigneurs ont donné à Punch une peluche plus grande que lui, qu'il peut serrer à sa guise. «Le fait que le jouet ressemble à un singe pourrait aider Punch à se réintégrer plus tard dans le groupe», précise Kosuke Shikano, soigneur au zoo d'Ichikawa.
Ce besoin de contact fait écho à des travaux scientifiques des années 1950, rapporte Libération. Lors d'une expérience menée par le psychologue américain Harry Harlow, des bébés singes séparés de leur mère devaient choisir entre une poupée en métal et de la nourriture ou un modèle en tissu. Les petits se tournaient systématiquement vers la seconde option. Depuis, l'usage de peluches auprès d'animaux orphelins s'est répandu dans les zoos.
L'agressivité des primates reste usuelle
Vendredi 20 février, l'histoire a connu un nouveau rebondissement avec la diffusion de séquences du jeune singe violemment traîné en cercle par un congénère nettement plus imposant. Punch court ensuite se réfugier derrière un rocher, étreignant son doudou. Pour la spécialiste Alison Behie, ce comportement agressif constitue toutefois «une interaction sociale normale» chez les primates. Les macaques vivent dans des hiérarchies matrilinéaires strictes, où les lignées dominantes imposent leur rang. Selon la chercheuse, la présence de la mère n'aurait pas nécessairement permis d'éviter ces interactions brutales.
En attendant, les péripéties du bébé macaque font le beurre du parc animalier, qui connaît un afflux notable de visiteurs, et… d'Ikea. L'enseigne suédoise surfe sur la vague à coups de publicités ciblées pour ses peluches. Sa filiale espagnole a publié sur X un montage montrant Punch dans les bras de leur peluche orang-outan –une publication rapidement relayée par plusieurs comptes nationaux du groupe. Le géant du meuble en kit a également fait don de nombreuses peluches d'animaux au zoo.
Pour Carla Litchfield, professeure associée en psychologie à l'Université d'Adélaïde en Australie, l'histoire de Punch illustre la capacité des réseaux sociaux à rapprocher humains et animaux. «Espérons que les millions de mentions “j'aime” et l'attention médiatique n'aggraveront pas le commerce illégal de bébés singes destinés au marché des animaux exotiques», alerte-t-elle, consciente que l'opinion publique juge ces petites bêtes «adorables» et y voit «d'excellents animaux de compagnie».
Elle rappelle que les macaques doivent impérativement vivre en groupe pour s'épanouir. Un avertissement d'autant plus pertinent que le trafic mondial d'animaux vivants a atteint un niveau record en 2025, selon les données d'Interpol.
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