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Mariage: pour les proches des futurs époux, un investissement toujours plus conséquent

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24.04.2026

Mariage: pour les proches des futurs époux, un investissement toujours plus conséquent

Laura Perren – Édité par Thomas Messias – 24 avril 2026 à 7h00

Loin d'être cantonnées à la sphère des mariés, les dépenses liées aux unions concernent aussi leur entourage. Entre pression sociale, inflation des coûts et attentes toujours plus élevées, témoins et invités voient leur budget et leur temps mis à rude épreuve.

Temps de lecture: 5 minutes

Célébrations XXL à l'étranger, enterrements de vie de célibataire grandiloquents, injonctions à dénicher la tenue parfaite pour le jour J: le mariage et les festivités associées représentent un investissement considérable, tant financier –19.300 euros en moyenne en France selon le rapport sur le secteur nuptial publié en mars 2026 par Mariages.net– que temporel et organisationnel. En 2024, près de 10% des futurs mariés préféraient d'ailleurs en déléguer la gestion à des organisateurs de mariage (ou «wedding planners»).

Si les coûts supportés par les époux sont largement documentés, ceux qui pèsent sur leur entourage passent, eux, souvent sous les radars. Témoins et amis proches doivent pourtant composer avec des dépenses qui explosent, des événements qui durent plus longtemps et une pression sociale croissante; certains allant même jusqu'à s'investir de manière disproportionnée pour faire du grand jour une réussite.

«Après une phase de désinstitutionalisation du mariage, on observe aujourd'hui une forte pression économique autour de ces célébrations, qui concerne autant les mariés que leur cercle proche», rapporte Martine Clerckx, sociologue et fondatrice de l'institut belge Wide, spécialisé dans l'analyse des tendances sociétales. Elle souligne une forme de marchandisation et un «surinvestissement» dans le mariage depuis la sortie de la crise sanitaire du Covid-19, portée par le désir de renouer avec la vie sociale.

912 euros, le coût moyen pour un invité

Une enquête réalisée en juin 2022 par le site spécialiste des bons plans Savoo indique que les invités déboursent en moyenne 912 euros par union célébrée en France métropolitaine. Les frais sont principalement répartis entre le logement, la nourriture et les boissons (250 euros), les transports (160 euros), la tenue et le cadeau (100 euros chacun). Près d'un quart des personnes sondées (22%) déclarent ressentir du stress face à ces dépenses.

Constance en a fait l'expérience au cours de l'été 2022, lorsqu'elle a enchaîné pas moins de sept mariages en quelques semaines. «Un enfer», résume cette ingénieure en informatique de 33 ans, qui reconnaît néanmoins avoir apprécié ces événements qui ont occupé «tous ces week-ends estivaux». Bilan: plus de 3.000 euros dépensés entre les déplacements, les hébergements et les cadeaux. Célibataire à l'époque, elle a assumé seule cette «charge financière».

«Entre la robe et les accessoires, on atteint vite 100 à 200 euros. Sans compter qu'il est socialement mal vu de porter deux fois la même tenue.»

Martine Clerckx a également observé cette pression économique dans ses travaux: «Certains invités vont jusqu'à s'endetter pour participer à ces cérémonies, tandis que d'autres préfèrent décliner.» Aujourd'hui, près de 30% des personnes ont déjà renoncé à des événements amicaux en raison de leur coût, qu'il soit financier, temporel ou social, précise la chercheuse.

Caroline, avocate de 31 ans, en témoigne volontiers: «Les mariages et les enterrements de vie de jeune fille [EVJF] sont les événements amicaux qui m'ont coûté le plus cher, en temps comme en argent.» Depuis 2022, elle a assisté à une dizaine de cérémonies, dont plusieurs à l'étranger, notamment en Bosnie-Herzégovine et en Allemagne, au prix de précieux jours de vacances.

«La dépense qui m'embête le plus, c'est la tenue, s'épanche-t-elle. Entre la robe et les accessoires, on atteint vite 100 à 200 euros. Sans compter qu'il est socialement mal vu de porter deux fois la même tenue.» Pour les personnes proches les plus impliquées, il faut également placer ses billes dans les enterrements de vie de célibataire.

L'essor de l'enterrement de vie de célibataire

Apparu au XVIIIe siècle, ce rite de passage était initialement réservé aux hommes et consistait en une ultime occasion de fréquenter des dames dites «de petite vertu», lors d'une soirée bien arrosée. Son équivalent féminin s'est popularisé dans les années 1970 dans les pays anglo-saxons, avant de s'imposer dans l'Hexagone au début des années 2000.

Selon une étude de l'Institut national d'études démographiques (INED) publiée en 2019 et relayée par Le Monde, seules 12% des femmes françaises organisaient un tel événement il y a vingt-cinq ans, contre 72% des moins de 30 ans actuellement. Au total, 84% des futurs mariés enterrent leur vie de célibataire, d'après un sondage réalisé en mars 2025 par le site mariages.net.

«Elle m'envoyait quotidiennement des idées sur Instagram. Au début, c'était mignon, mais c'est devenu oppressant»

«Depuis une petite dizaine d'années, la tendance est à l'organisation de ces événements à l'étranger, note la sociologue Martine Clerckx. Ce phénomène a pris de l'ampleur, influencé par les films et les séries, qui mettent en avant des sorties extraordinaires, et par la promotion faite par les célébrités et la presse people.» Résultat: de nombreux futurs mariés aspirent à des expériences toujours plus exceptionnelles. Selon les chiffres de Boursorama, le budget moyen s'élève désormais à environ 190 euros par participant pour une journée. Il grimpe à 600 euros pour un week-end.

Certains jugent ce coût difficilement soutenable. Arnaud, 30 ans, en fait l'expérience en tant que témoin du mariage de son frère. Chargé d'organiser l'enterrement de vie de garçon (EVG), cet éducateur spécialisé se heurte rapidement à la question financière. «Je ne peux pas me permettre de dépenser 500 euros pour un week-end à l'étranger», souligne-t-il. Pour les proches de son frère, «tous ingénieurs», la question ne se posait pas.

Des proches de plus en plus impliqués dans l'organisation

Au-delà de l'aspect financier, l'investissement en temps et en énergie peut s'avérer considérable. Clara, ingénieure parisienne de 30 ans, choisie comme témoin, évoque «un honneur, mêlé à une pression de réussite». Très vite, elle comprend que la future mariée nourrit des attentes élevées, alimentées par les réseaux sociaux. «Elle m'envoyait quotidiennement des idées sur Instagram. Au début, c'était mignon, mais c'est devenu oppressant», se souvient-elle.

De fil en aiguille, elle se voit confier le choix du DJ, du traiteur, des activités le jour de la cérémonie et, bien sûr, l'organisation de l'EVJF. Résultat: de nombreux allers-retours dans le Sud –où habite la mariée– pour les essayages de la robe et d'autres rendez-vous organisationnels, ainsi que des semaines de préparation pour un week-end à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) particulièrement dense, mêlant spa, restaurants, soirée en boîte, chasse au trésor, séance photo et brunch.

Pour Mathieu, juriste de 30 ans, l'organisation d'un enterrement de vie de célibataire commun pour les futurs époux s'est transformée en «une véritable galère». Il se souvient de tensions autour du partage des frais, «entre ceux qui refusent de payer pour l'alcool qu'ils ne consomment pas et ceux qui prônent une répartition égalitaire», mais aussi des difficultés logistiques pour trouver «un lieu à équidistance, qui convienne à tout le monde». Martine Clerckx attribue ces fritions à la contrainte de «consacrer un temps de loisirs important à un groupe qui n'est pas forcément le sien».

Des clichés qui questionnent

Certains dénoncent aussi la pression implicite à se plier aux clichés de cette tradition prénuptiale. «Il y a cette idée qu'il faudrait à tout prix s'amuser et que tout doit être ostentatoire, note Clara. Alors qu'au fond, il s'agit simplement de passer un bon moment avec la future mariée et ses proches.» Constance, de son côté, préfère se tenir à distance des EVJF trop codifiés. «Dès que j'ai le sentiment que ça va tourner autour des “macarons et vernis à ongles”, je préfère décliner», assume-t-elle.

À l'approche de la saison des mariages et malgré les petits inconvénients qui l'accompagnent, pas de quoi jouer les trouble-fêtes. La plupart des personnes interrogées reconnaissent en garder de bons souvenirs. Constance apprécie «faire la fête au champagne et aux huîtres», tandis que Caroline souligne «les très bons moments passés aux mariages et aux EVJF», même si elle se demande comment ses amis pourront lui renvoyer l'ascenseur, elle qui ne souhaite pas se marier.

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