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L'Ukraine tourne enfin le dos à Donald Trump et redessine de nouvelles alliances mondiales

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21.04.2026

L'Ukraine tourne enfin le dos à Donald Trump et redessine de nouvelles alliances mondiales

Laura Perren – 21 avril 2026 à 21h00

Après avoir longtemps misé sur un retour en grâce auprès de la Maison-Blanche, Kiev semble désormais acter un basculement stratégique. Entre désillusions américaines et nouveaux alliés, l'Ukraine rebat ses cartes.

Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur The Atlantic

Pendant plus d'une année après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l'Ukraine s'est accrochée à l'idée de reconquérir le soutien de Washington. Le président états-unien a pourtant largement suspendu l'aide militaire à Kiev et a multiplié les joutes verbales, allant jusqu'à qualifier son homologue Volodymyr Zelensky de «dictateur». Malgré l'humiliation infligée lors de leur rencontre dans le Bureau ovale en février 2025, le dirigeant ukrainien a continué de jouer le jeu diplomatique, participant avec assiduité aux négociations de paix menées par Washington. En vain: celles-ci n'ont débouché sur aucun résultat concret.

Aujourd'hui, cette séquence serait révolue, selon Phillips P. O'Brien, professeur d'études stratégiques à l'université de St Andrews, en Écosse. Dans une tribune publiée dans le mensuel américain The Atlantic, il affirme que l'Ukraine aurait désormais «renoncé aux États-Unis». Un tournant stratégique majeur, dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient et la redéfinition des alliances de Kiev.

L'Ukraine cherche ainsi de nouveaux partenaires diplomatiques et militaires. Lors de sa tournée diplomatique dans les pays du Golfe à la fin du mois de mars, Volodymyr Zelensky a signé plusieurs accords de coopération sécuritaire avec l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, misant sur l'expertise ukrainienne durement acquise sur le champ de bataille, notamment en matière de drones. Mi-avril, Kiev a également conclu des accords de production d'armements avec l'Allemagne. Sur le terrain, le pays s'est illustré en attaquant des installations d'exportation pétrolière situées près de Saint-Pétersbourg, s'aventurant plus profondément en territoire ennemi.

Dans ses prises de parole, le chef de l'État ukrainien a opéré un changement de ton. Selon lui, les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un allié fiable et l'Europe doit se détacher de la relation transatlantique. Dernier exemple de cette rhétorique tranchante: une interview accordée début avril à la radio italienne Rai Radio 1. Volodymyr Zelensky a ouvertement critiqué l'assouplissement états-unien des sanctions visant le pétrole russe, notant que «la Russie a encore manipulé les Américains et le président des États-Unis».

If sanctions on Russian oil have been lifted because of the war in the Middle East, will the U.S. sanctions be reimposed now that there is a ceasefire? I think that an answer to this question will expose the reason for lifting sanctions in the first place. We just need to wait… pic.twitter.com/yOqv1OA8aV— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) April 9, 2026

If sanctions on Russian oil have been lifted because of the war in the Middle East, will the U.S. sanctions be reimposed now that there is a ceasefire? I think that an answer to this question will expose the reason for lifting sanctions in the first place. We just need to wait… pic.twitter.com/yOqv1OA8aV

Repenser en profondeur la sécurité européenne

Peu après, le président ukrainien a affirmé que, face à la menace d'un désengagement américain de l'OTAN, les Européens devaient repenser en profondeur leur architecture de sécurité. Pour contenir la Russie, l'Union européenne doit s'appuyer sur les capacités de pays non membres, tels que la Norvège, le Royaume-Uni, la Turquie et l'Ukraine, a-t-il suggéré. Une prise de position qui contraste avec les propos de plusieurs responsables des Vingt-Sept, qui veulent croire à un soutien durable des États-Unis envers leurs alliés traditionnels.

Ce franc-parler intervient alors que Washington a réduit les livraisons d'armes à Kiev, la guerre contre l'Iran nécessitant de préserver les stocks. Ce changement de ton coïncide aussi avec une amélioration relative de la situation militaire ukrainienne, du moins comparée au printemps 2025. Ces derniers mois, les troupes de Volodymyr Zelensky ont infligé plus de pertes qu'elles n'en subissent et la Russie peine à renouveler ses effectifs. L'armée ukrainienne a également repris plus de territoire que Moscou n'en a conquis. De surcroît, le «mur de drones» a été renforcé le long de la ligne de front, entravant les mouvements des forces ennemies.

Depuis janvier 2025, responsables américains et analystes occidentaux ont largement insisté sur les fragilités de l'Ukraine. Donald Trump affirmait encore l'an dernier que les Ukrainiens n'avaient «aucune carte» à jouer. Pourtant, leur capacité d'adaptation et d'innovation militaire, malgré la contraction de l'aide américaine, bouscule ce récit.

Kiev préférerait évidemment conserver le soutien de Washington, plutôt que de voir la première puissance mondiale afficher des accointances avec la Russie. Entre 2022 et 2024, les États-Unis ont été le principal fournisseur d'aide militaire à l'Ukraine, un appui déterminant pour sa survie. Mais aujourd'hui, «les Ukrainiens ne croient plus que la perte du soutien américain entraînera inévitablement leur défaite», soutient Phillips P. O'Brien. Ce qui relevait de la catastrophe il y a deux ans s'envisage autrement. Désormais, Volodymyr Zelensky donne le ton et pourrait s'affranchir des États-Unis, au gré de nouveaux partenariats stratégiques.

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