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À voir au cinéma: «Las Corrientes», «La Danse des renards», «Précieuse(s)»

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18.03.2026

À voir au cinéma: «Las Corrientes», «La Danse des renards», «Précieuse(s)»

Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 18 mars 2026 à 19h55

Les films de Milagros Mumenthaler, de Valéry Carnoy et de Fanny Guiard-Norel ont chacun leur façon de déplacer les repères qui semblaient les définir.

Temps de lecture: 6 minutes

«Las Corrientes», de Milagros Mumenthaler

Elle était loin de chez elle, à la fois fêtée et isolée. Elle a fait un geste extrême, violent et troublant. Rentrée à la maison –sa ville, Buenos Aires, son foyer familial cossu, son atelier de styliste en vogue– c'est comme si se prolongeait, autrement, l'embardée du début.

Lina dérive, d'autant plus paradoxalement que ce mouvement s'accompagne d'une phobie de l'eau. Et le film se tient avec elle, ne semble pas en savoir plus qu'elle sur ce qui lui arrive, possiblement de ce qui lui est arrivé jadis.

On perçoit qu'elle est une personne forte et que, pourtant, en elle se faufilent ces «courants» que nomme le titre, qui viennent peut-être de son passé, peut-être de l'histoire de son pays, l'Argentine, peut-être d'un processus plus obscur et plus communément partagé.

Las Corrientes, le troisième long-métrage de la cinéaste argentino-suisse Milagros Mumenthaler, après le magnifique Trois sœurs (2011) qui l'avait révélée et L'Idée d'un lac (2016) injustement resté inédit, est une invitation au voyage dans les émotions, aux côtés d'une personne dont le mystère s'épaissit à mesure qu'avance le film.

Le mystère, c'est bien ici le contraire du secret ou de l'énigme, qui eux ont une solution, une résolution. Et le mystère, c'est le cœur de ce qui permet qu'il y ait du cinéma, vraiment du cinéma. Au fil des rencontres, des conflits, des fuites, des images croisées, cette femme qui se prénomme Catalina, qu'on appelait jadis «Cata» et qui est désormais connue comme «Lina», compose comme elle peut avec ce qu'elle éprouve, avec ce qui la travaille.

Catalina dans le réseau des images, d'elle-même et des autres, avec lesquelles elle ne sait plus vivre. | Capture d'écran Dulac Distribution via YouTube

Et la mise en scène de cette autre femme, Milagros Mumenthaler, l'accompagne avec une sorte de délicatesse tendre et perplexe, un soin de la mise en scène qui sait se rendre sensible à ce que produisent une ombre dans la maison de la mère, la parole et les gestes de l'assistante énergique, le retour sans lendemain vers celle qui fut au centre d'une autre époque de sa vie, une broderie ancienne découverte........

© Slate