La climatisation est-elle vraiment un désastre écologique?
La climatisation est-elle vraiment un désastre écologique?
[L'Explication #276] Notre maison brûle et nous regardons vers la climatisation, aurait bien pu dire Jacques Chirac.
Temps de lecture: 5 minutes
29 juin 2026 à 7h10 – Édité par Émile Vaizand
La récente vague de chaleur historique en France a remis en évidence, et de manière plutôt brutale, un point que l'on oublie une fois l'été terminé: beaucoup de nos logements et infrastructures ne sont pas adaptés à l'augmentation des températures. Quand la canicule frappe, les habitations surchauffent, les chambres sont étouffantes, tandis que les bureaux ressemblent à des fours en mode chaleur tournante. Bref, l'enfer avant même le Jugement dernier.
Et si le paradis devait ressembler à quelque chose dans ces moments-là, ce serait un espace bien frais, où la climatisation tournerait en boucle, à puissance maximale. Et qu'importe l'écologie? Ce débat ne vous aura sûrement pas échappé. À mesure que les vagues de chaleur se multiplient et s'intensifient, en attendant le jour béni où les politiques prendront véritablement le sujet du réchauffement climatique à bras-le-corps, de plus en plus de Français s'équipent de climatiseurs. Pourtant, nombre d'experts alertent sur l'impact écologique de ces machines, qui aggraveraient ce même réchauffement climatique qui nous pousse à en acheter. Qu'en est-il vraiment?
La clim' sauve des vies, mais...
Avant de parler écologie, il faut préciser un point. La climatisation, une fois installée, remplit son rôle: elle refroidit les espaces, au point de sauver des vies en période de canicule mortelle. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), environ 190.000 vies auraient été sauvées chaque année dans le monde entre 2019 et 2021 grâce à l'usage de la climatisation.
Et on ne parle pas là de pays lointains: rien qu'à l'été 2024, la chaleur a provoqué près de 3.700 décès en France. Alors que tous les indicateurs nous montrent que cet été pourrait être l'un des plus frais du reste de notre vie (coucou les scientifiques que l'on n'écoute pas depuis des décennies), s'équiper d'un climatiseur chez soi peut être une solution d'urgence et de santé, notamment pour les personnes vulnérables. Et même les experts du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le fameux GIEC, n'en préconisent pas l'interdiction.
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En revanche, et là est le point qui nous intéresse aujourd'hui, la climatisation est, pour l'heure, indissociable d'un autre point fondamental: elle participe bel et bien au réchauffement climatique. Le même réchauffement climatique qui vous incite à vous procurer cette clim'. Une sorte de cercle vicieux caniculaire.
...la clim' nécessite de l'énergie et rejette des gaz polluants
Pour fonctionner, la climatisation nécessite de l'électricité. Pour produire cette électricité, de nombreux pays utilisent des énergies fossiles (charbon, gaz naturel, pétrole) qui rejettent des émissions de gaz à effet de serre et contribuent grandement au réchauffement climatique. Quand on allume la clim' dans ces pays-là, en bout de course, on participe au réchauffement climatique. Une situation inquiétante, alors que la consommation d'électricité pour ce type d'utilisation pourrait être multipliée par trois à l'échelle de la planète d'ici à 2050. Tout le monde a chaud (et surtout les classes populaires, n'en déplaise à Yann Barthès).
À vrai dire, le principal problème de la climatisation ne vient pas tellement de sa consommation électrique, moins néfaste en France, mais plutôt des fluides frigorigènes qu'elle contient.
Et en France? La situation est quelque peu différente. L'électricité y est majoritairement décarbonée grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables. L'impact de la climatisation n'est pas pour autant nul: lors des épisodes caniculaires, la forte demande en électricité peut nécessiter le recours à des centrales à gaz supplémentaires, augmentant temporairement les émissions. D'autant plus que les centrales nucléaires peuvent être à l'arrêt en cas de fortes chaleurs, comme cela a été le cas en cette fin de mois de juin.
À vrai dire, le principal problème de la climatisation ne vient pas tellement de sa consommation électrique, moins néfaste en France, mais plutôt des fluides frigorigènes qu'elle contient. Ces gaz permettent de transférer la chaleur de l'intérieur vers l'extérieur. Et alors?
Le hic, c'est que lorsqu'ils s'échappent dans l'atmosphère à la suite de fuites, d'un défaut d'entretien ou même lors du recyclage des appareils, leur impact climatique est considérable. Certains de ces fluides possèdent par exemple un pouvoir de réchauffement plus de 2.000 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2)! Une bombe écologique, que l'Union européenne cherche notamment à réguler afin d'éliminer progressivement les climatisations les plus nocives.
Refroidit dedans, réchauffe dehors
Électricité, fluides frigorigènes: ça ne sent pas bon pour la clim', cette histoire. Et encore, nous n'avons pas évoqué l'un des paradoxes de la climatisation: pour refroidir un logement, cette dernière rejette en fait la chaleur… à l'extérieur. Dehors, dans la rue, là où il fait déjà trop chaud.
Ce point est loin d'être anecdotique. Dans les villes touchées par le phénomène des îlots de chaleur urbains, ce rejet peut véritablement augmenter localement les températures. La chaleur rejetée par la clim' s'accumule, réchauffe l'air, au point de faire augmenter les températures de 1 voire 2°C supplémentaires!
Vous voulez un exemple concret? À Lyon, une étude menée dans un quartier dense a par exemple mesuré une hausse locale pouvant atteindre… 1,75°C. Tout ça, rien qu'en utilisant de manière généralisée des climatiseurs en ville. À Paris? Si le parc de climatiseurs venait à doubler, l'augmentation de la température serait de 2°C.
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Alors oui, ce phénomène, complètement fou quand on y pense, ne réchauffe que localement certains endroits du monde, les grandes villes notamment. Mais ce sont justement ces espaces qui sont déjà les plus difficiles à vivre lors des épisodes de chaleur extrême et où l'on a tendance à vouloir utiliser une climatisation. Le retour du cercle vicieux caniculaire.
Peut-on vraiment parler de «désastre climatique»?
Indiscutablement, la climatisation accentue bien le réchauffement climatique et agit comme un facteur aggravant des épisodes de chaleur. Au total, on estime qu'à l'échelle mondiale, le secteur du refroidissement........
