À quel âge les filles devenaient-elles majeures au Moyen Âge? (Spoiler: deux ans avant les garçons)
À quel âge les filles devenaient-elles majeures au Moyen Âge? (Spoiler: deux ans avant les garçons)
Ernest Ginot – Édité par Émile Vaizand – 1er juin 2026 à 7h00
[L'Explication #272] Évidemment, cette majorité toute relative n'avait rien à voir avec la nôtre, surtout pour les filles, puisqu'elles restaient sous l'autorité de leur père puis, plus tard, de leur mari.
Temps de lecture: 4 minutes
Au Moyen Âge, le temps d'une vie n'avait absolument rien à voir avec le nôtre. Si l'on ne trépassait pas dès la naissance, il fallait encore dépasser l'âge de 10 ans, que seulement un enfant sur deux réussissait à atteindre. Une fois ce cap mortel passé, tout allait très vite, notamment pour les femmes.
Majeures en un rien de temps, mariées dès que possible, elles devaient en plus franchir, pour une majorité d'entre elles, l'étape fatidique de la grossesse et de l'accouchement, première cause de mortalité chez les jeunes femmes de l'époque, avant de finir leurs jours aux alentours de 40 ou 50 ans (avec beaucoup de chance). Une vie vécue en accéléré, où l'enfance passait comme un claquement de doigts.
Majeures avant les hommes
Au Moyen Âge, une fille était considérée comme majeure dès ses… 12 ans! Un âge fixé par la loi canonique et qui survenait deux ans avant les garçons, majeurs à 14 ans. Évidemment, cette majorité toute relative n'avait rien à voir avec la nôtre, surtout pour les filles, puisqu'elles restaient sous l'autorité de leur père puis, plus tard, de leur mari.
Comment se déroulait l'enfance? Tout dépendait évidemment du milieu social et de l'environnement au sein desquels les enfants grandissaient. Mais, de manière générale, les filles et les garçons étaient traités de la même façon durant leurs premières années de vie. Le temps qu'ils apprennent à parler, manger et marcher, avant que leurs chemins ne se séparent. Et leur place dans la société avec.
Vers 7 ans, les filles étaient souvent placées sous la houlette de leur mère, chargée de les éduquer. Dans les familles aisées, les filles se retrouvaient aux mains de moniales, des sœurs vivant séparées du monde, afin d'apprendre à lire, écrire et psalmodier (un mot impossible à dire sans postillonner).
Dans les milieux plus modestes (ce qui représentait la majorité des cas), les filles aidaient très tôt leur famille, notamment à la campagne. Elles étaient parfois placées comme servantes dans d'autres fermes. En ville, pour les filles d'artisans, l'arrivée à l'âge de la majorité signifiait souvent entrer en apprentissage pour devenir brodeuses, lingères ou couturières, ce qui leur assurait une certaine autonomie, trop souvent méconnue. Certaines pouvaient elles-mêmes constituer leur future dot. Car c'est là tout l'enjeu de leurs prochaines années: pas de place pour Parcoursup, la pression du mariage pesait vite sur leurs épaules.
Trop «vieilles» avant les hommes
Si la majorité était fixée à 12 ans, l'âge qui faisait basculer une femme dans la catégorie des «vieilles» était, lui, situé aux alentours des 28 ans. (Les 1997, méfiez-vous, l'âge vous rattrape!) Et la gent masculine? Ne les brusquez pas trop, voyons: 50 ans, voilà l'âge à attendre pour qu'un homme atteigne cette catégorie peu enviable. Bienvenue dans la temporalité médiévale.
Et avant d'atteindre cet âge fatidique, l'heure était avant tout au mariage. Un mariage interdit par l'Église avant que les filles n'aient atteint leur majorité et qui intervenait généralement autour de 15 ou 17 ans. L'enjeu était bien sûr de préserver leur virginité avant l'événement, que les jeunes femmes soient issues de familles paysannes ou aristocratiques. Le tout était la plupart du temps négocié par les hommes, entre familles, en comptant les sous et les avantages que l'union rapportait aux uns et aux autres. Que du fun.
Il est en fait particulièrement périlleux de parler de la condition des femmes au Moyen Âge et de leur place dans la société médiévale comme d'un bloc homogène.
Venait ensuite la pression de l'enfantement. Une femme du Moyen Âge pouvait mettre au monde –non sans risque– six ou sept enfants en moyenne, parfois plus dans les campagnes. Mais elles n'en voyaient souvent que deux ou trois survivre jusqu'à l'âge adulte.
Au milieu de ces normes écrasantes, les femmes avaient aussi des vies bien remplies. Et maintenant que vous avez eu un aperçu accéléré de la question, il faut revenir sur un point: il est en fait particulièrement périlleux de parler de la condition des femmes au Moyen Âge et de leur place dans la société médiévale comme d'un bloc homogène.
Une histoire écrite par les hommes
Par exemple, dans le nord de l'Europe, les femmes des villes marchandes jouissaient d'un statut bien plus large qu'au sud, davantage attaché au droit romain et à une vision plus misogyne, explique l'historienne Julie Pilorget, interrogée par France Culture. Les voyageurs lombards qui se rendaient dans les Flandres étaient notamment stupéfaits de voir des femmes marcher dans la rue sans voile ni escorte.
Si les femmes de l'époque médiévale vivaient dans un statut d'infériorité institutionnalisé et que l'exercice du pouvoir était majoritairement masculin, de nombreux exemples montrent que certaines d'entre elles arrivaient à tirer leur épingle du jeu. On retrouve notamment dans les archives de la fin du Moyen Âge (registres de recensement, testaments, actes notariés) des preuves de certaines veuves et filles aînées prenant seules des décisions juridiques, sans tuteur masculin. Ou bien des femmes qui géraient, dans le foyer, les finances, le personnel et même les échanges commerciaux.
Certaines femmes pouvaient aussi accéder à un fief s'il n'y avait pas d'héritier mâle, tandis que les investitures féminines se sont multipliées au XIIe siècle. Mathilde de Toscane, Blanche de Castille, Christine de Pizan ou encore Aliénor d'Aquitaine, qui dépassa les 80 ans, en sont des exemples éclatants. Justine Audebrand, historienne spécialiste de l'histoire du genre au début du Moyen Âge, assure même qu'«une femme du XIXe siècle a parfois moins de droits qu'une femme du Xe ou du XIIe siècle».
Si l'histoire des femmes du Moyen Âge, ainsi que leur toute relative indépendance, a longtemps été ignorée et reste encore aujourd'hui peu mise en avant, c'est avant tout à cause… des hommes. Ce sont eux qui, à........
