Ce plongeur a passé dix ans en prison pour avoir refusé de livrer 500 pièces d'or trouvées sur une épave
Ce plongeur a passé dix ans en prison pour avoir refusé de livrer 500 pièces d'or trouvées sur une épave
Clément Poursain – 13 mars 2026 à 12h00
Thomas G. Thompson, scientifique devenu chasseur de trésor, avait localisé en 1988 l'épave du mythique «Ship of Gold», un navire chargé d'or coulé en 1857. Mais le refus de révéler ce qu'étaient devenu le butin l'a conduit à une décennie derrière les barreaux.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The New York Times
Thomas G. Thompson, 73 ans, ancien scientifique reconverti dans la chasse aux trésors, a été libéré le 4 mars après avoir purgé une peine record de dix ans pour outrage à magistrat. Il avait refusé de collaborer avec la justice sur ces pièces manquantes. Son histoire commence en 1988, au large de la Caroline du Sud, lorsqu'il localise l'épave du S.S. Central America, un vapeur coulé en 1857 avec 450 passagers et des tonnes d'or californien à son bord, rapidement surnommé le «Ship of Gold».
À l'époque, Thomas G. Thompson travaille au Battelle Memorial Institute, un centre de recherche privé, et rêve de financer des études océaniques en se lançant dans l'exploration en eaux profondes. Faute de crédits académiques, il se lance seul dans la chasse au trésor: il passe des heures à étudier les naufrages possibles avant de convaincre environ 250 investisseurs de financer la chasse au S.S. Central America. Le pari est payant: le bateau est retrouvé et une partie du butin vendue pour 50 millions de dollars (43,6 millions d'euros environ), notamment à un marchand californien, Dwight Manley, qui affirme avoir acheté et revendu à lui seul près de 93% du trésor disponible, explique un article du New York Times.
Mais très vite, la belle histoire tourne au feuilleton judiciaire. En 2005, des investisseurs assignent Thomas G. Thompson en justice, assurant n'avoir jamais touché leur part de la vente. L'ingénieur se replie alors en Floride et cesse d'apparaître en public, au point qu'un juge délivre un mandat d'arrêt en 2012 pour non‑comparution. Localisé en 2015, Thomas G. Thompson est interpellé; refusant obstinément de fournir des informations sur les 500 pièces manquantes, il est condamné pour outrage à une détention «coercitive» destinée à le faire parler, qui se transformera en une décennie derrière les barreaux.
Thomas G. Thompson soutient que les pièces en question ne sont pas «historiques» mais de restrikes: des médailles commémoratives frappées au début des années 2000 en faisant fondre un lingot provenant du navire et en utilisant une presse de la Monnaie de San Francisco du XIXe siècle. Selon sa version, ces pièces représentaient sa rémunération et il les aurait remises à un mandataire au Belize vers 2009, sans jamais avoir su ce qu'elles étaient devenues ensuite.
Une peine plus longue que prévu
Les juges n'ont jamais cru à cette version des faits. Pour eux, Thomas G. Thompson sait très bien où se trouve le magot. Pendant des années, l'homme répète qu'il ne peut pas fournir ce qu'il n'a plus, refusant de signer les documents exigés pour rapatrier les pièces. En 2015, un magistrat du district sud de l'Ohio le place en détention pour outrage, peine renouvelée par la suite tant qu'il ne coopère pas. Ce n'est qu'en 2024 que l'ordonnance d'outrage est finalement levée, mais l'ingénieur doit encore purger deux ans pour l'accusation initiale de défaut de comparution, une durée prolongée par une erreur de procédure qui l'empêche de bénéficier du crédit de temps déjà passé en prison.
Dans l'ombre, Thomas G. Thompson peut compter sur des soutiens inattendus. Le représentant républicain d'Arizona Abraham Hamadeh plaide publiquement sa cause, dénonçant une détention de plus de dix ans «sans véritable respect de la procédure régulière dans une affaire civile», et assurant que son expérience en exploration profonde pourrait être précieuse pour de futures missions. C'est aussi par l'intermédiaire de Dwight Manley, le marchand de pièces lié au trésor du Central America, que le parlementaire découvre le dossier.
La libération deThomas G. Thompson, assortie d'un an de liberté surveillée et de 250.000 dollars d'amende (218.000 euros environ), laisse de nombreuses questions sans réponse. Le parquet fédéral de l'Ohio, qui avait défendu son maintien en détention, refuse de commenter, tout comme les avocats de Dispatch Printing Company, ancien propriétaire du Columbus Dispatch et partie prenante des poursuites initiales.
Son avocat, Keith Golden, assure pour sa part que «chaque grain de poussière d'or a été comptabilisé», sous‑entendant que les créanciers ont déjà reçu ce qui leur revenait. Seul Thomas G. Thompson sait si oui ou non, quelque part, 500 pièces d'or l'attendent bien sagement.
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