Quand la série «The Pitt» reflète les tensions bien réelles entre l'ICE et le personnel soignant aux États-Unis
Quand la série «The Pitt» reflète les tensions bien réelles entre l'ICE et le personnel soignant aux États-Unis
Anaïs Bordages – Édité par Émile Vaizand – 27 mars 2026 à 6h55
Dans sa deuxième saison, l'excellente série médicale produite par des anciens d'«Urgences» raconte l'impact de la police fédérale de l'immigration sur un hôpital fictif à Pittsburgh. Un portrait fidèle au vécu actuel des médecins et infirmières outre-Atlantique. Une urgentiste de Los Angeles témoigne.
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«Les armes à feu sont interdites dans l'enceinte de l'hôpital, même pour les policiers. Mais les agents de l'ICE, eux, refusent de laisser leur arme à l'extérieur. Ils intimident le staff. Ils nous regardent avec un flingue dans les mains et nous disent qu'on n'a pas le droit d'appeler les familles des patients, ce qui est faux. Une fois, l'un d'entre eux a dit: “Si quiconque appelle la famille de ce patient pour leur dire qu'il est là, on arrête tout le monde ici.”»
Sarah (son prénom a été modifié) est médecin résidente au Centre médical général de Los Angeles (ou «LA General»), en Californie. Elle a demandé à rester anonyme, par peur d'être suspendue ou de perdre son emploi. Comme de nombreux soignants états-uniens, cette urgentiste est confrontée à la présence accrue des membres du Service de l'immigration et des douanes des États-Unis (ICE) sur son lieu de travail, depuis la multiplication des raids anti-immigration de sa tristement célèbre police à travers tout le pays.
Il n'est en effet pas rare que les agents fédéraux déployés par l'administration Trump se rendent aux urgences pour faire soigner des personnes sous leur détention. «Souvent, l'arrestation est tellement violente que les patients doivent être conduits à l'hôpital pour leurs blessures. Ou bien ils font une crise cardiaque au moment de leur arrestation et il faut appeler une ambulance qui les emmène ici.» Sur place, le climat entre les soignants et les policiers peut être hostile et les conditions de travail souvent très stressantes, entre tentatives d'intimidation et infirmières en larmes.
Sarah confie elle aussi avoir eu très peur en traitant des personnes détenues par l'ICE. Un jour, elle explique aux agents les droits HIPAA (loi sur la portabilité et la responsabilité en matière d'assurance-maladie, promulguée en 1996) de son patient, qui garantissent la confidentialité de son rendez-vous médical, sauf s'il consent à la présence de quelqu'un d'autre dans la pièce.
«Les agents ont refusé de quitter la pièce, raconte la médecin urgentiste. À force d'insister, j'ai fini par réussir à les faire partir, mais ils voulaient que je laisse la porte ouverte. Et quand j'ai essayé de la fermer ils l'ont poussée contre mon visage. Dès que je suis sortie de la pièce, ils m'ont bloquée dans un coin et m'ont demandé mon nom et mon numéro d'identification parce que je faisais obstruction à la loi. Je connais mes droits, j'ai refusé. Je suis partie et quelques instants plus tard, j'ai fait une crise de panique et je me suis mise à pleurer.»
Une réalité que des collectifs de médecins rapportent un peu partout aux États-Unis. Et qui s'immisce désormais dans la fiction, grâce à la série médicale très engagée The Pitt, dont la première saison est sortie au début de l'année 2025 et la deuxième est actuellement en cours de diffusion sur HBO Max.
Coup de froid aux urgences de Pittsburgh
«Merde.» Voilà la réaction du Dr Michael «Robby»........
