menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Affaire Elisa Pilarski: «Il a dit: “Faites attention, mon chien est dangereux”»

50 0
19.03.2026

Affaire Elisa Pilarski: «Il a dit: “Faites attention, mon chien est dangereux”»

Élise Costa – Édité par Émile Vaizand – 19 mars 2026 à 6h55

[Épisode 2/3] Après le décès d'Elisa Pilarski, le 16 novembre 2019 dans la forêt de Retz (Aisne), l'enquête se concentre notamment sur le rôle et le comportement des chiens de chasse présents dans la zone ce jour-là et surtout de Curtis, un des canidés appartenant à son compagnon Christophe Ellul.

Temps de lecture: 10 minutes

Au tribunal judiciaire de Soissons (Aisne), où Christophe Ellul comparaît libre, la procureure de la République Laureydane Ortuno plante ses yeux dans ceux du prévenu: «Aurélie, votre ex-conjointe, dit que vous êtes un menteur et que vous finissez par vous persuader de vos propres mensonges.» Elle ajoute: «Et ça se vérifie.»

Les premiers temps, après le 16 novembre 2019, la mort violente d'Elisa Pilarski avait laissé ses proches hébétés par la douleur. Christophe Ellul démissionne d'Air France et part s'installer à Rébénacq (Pyrénées-Atlantiques), dans le petit village où Nathalie et Vincent, la mère et l'oncle d'Elisa, tiennent une épicerie. C'est ce que le couple avait prévu pour la naissance de leur futur enfant, Christophe avait «promis».

À la barre, Nathalie raconte n'y avoir mis aucune objection: «Pour moi, c'était le père de mon petit-fils.» Même si pour elle, le «petit bout» était plus abstrait. Elle n'avait pas souhaité voir Enzo à la morgue, ni même en photo. «Parce qu'Elisa ne l'avait pas vu», explique-t-elle à la présidente du tribunal. Au psychologue chargé de le rencontrer dans le cadre de la procédure, Christophe Ellul dit: «Je n'arrive pas à m'éloigner du cimetière.» Nathalie admet: «C'est sûr, il pleurait beaucoup.»

«Il m'a bouffé, faut le piquer!»

Au bout de six mois, la situation est devenue «pesante». D'abord, il y a eu des maladresses. «Les conversations, à table, c'était toujours: “Elisa mangeait ci, elle aimait ça.” Ça faisait quelques mois qu'il la connaissait, alors que c'était mon enfant», relate Nathalie. Avec son frère Vincent, lui-même très proche d'Elisa, leur routine de travail à l'épicerie est bien rodée. Christophe Ellul voulait aider, mais il s'y prenait mal, ou pas dans le bon ordre. Au fond, reconnaît Nathalie, c'était trop de chagrin ensemble: «Y en avait pas un pour remonter les autres.»

Et puis est venue l'excavation des mensonges. «On s'est rendu compte qu'il n'avait pas tout dit de sa vie», expose Nathalie. L'avocate de Christophe Ellul, à l'époque, leur apprend qu'il a une fille d'une précédente union et qu'il n'est pas encore divorcé. À la famille d'Elisa, Christophe Ellul ne dit pas non plus ce qui s'est passé deux jours après les faits.

Le 18 novembre 2019, accompagné de sa sœur Séverine, Christophe Ellul amène son chien Curtis à la gendarmerie. Pendant que le compagnon d'Elisa est entendu par les gendarmes, un éducateur comportementaliste canin observe Curtis, tenu en laisse par Séverine. Le chien se jette sur un ballon de basket, qu'il «dépiaute en quelques minutes». D'un coup, Curtis remonte sa laisse et attrape la manche du manteau de Séverine. Il ne lâche pas. Séverine demande à une gendarme d'aller chercher son frère Christophe.

Quand il arrive, Christophe Ellul demande s'il peut lâcher son chien pour qu'il coure et se dépense. «Absolument pas!», réplique la gendarme. Alors, il s'éloigne pour le mettre dans l'enclos. La nuit est déjà tombée. D'un coup, tous entendent des cris. Ils accourent vers Christophe Ellul. L'homme n'a plus son pantalon de jogging. Son bras est en sang. Dans l'enclos, Curtis s'acharne sur le pull qu'il lui a arraché. «Il m'a bouffé, faut le piquer!», prévient Christophe. Le certificat médical versé au dossier fera état de la nécessité de réaliser des «sutures par agrafes sur la cuisse».

Une enquête fastidieuse

Passé le contrecoup, Christophe Ellul minimise. Il assure que son chien est traumatisé par les événements. À la barre, le prévenu expose une autre théorie: «Curtis n'est jamais sorti avec une laisse enrouleuse… La laisse faisait un bruit.» Et de préciser:........

© Slate