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«La plupart de mes collègues sont morts»: dans la mine bretonne d’Imerys, les ouvriers respirent des poussières ultratoxiques

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10.09.2026

« La plupart de mes collègues sont morts » : dans la mine bretonne d’Imerys, les ouvriers respirent des poussières ultratoxiques

Des vidéos et documents inédits d’un site d’extraction d’andalousite à Glomel montrent que la multinationale expose les salariés à des poussières toxiques et cancérogènes. Bon nombre de travailleurs sont atteints de maladies pulmonaires : silicose, cancer, emphysème.

Celia Izoard (Splann !)

10 septembre 2026 à 14h15

Cet article est en accès libre.

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« Combien« Combien de fois j’ai dû aller débourrer les machines engorgées par la poussière ? Je devais ouvrir une trappe et passer une heure ou deux dans un nuage de fines [particules]. J’étais blanc de la tête aux pieds et j’arrivais à peine à respirer. J’en ai pleuré, parfois ! »

Michel*, retraité depuis quelques années, a le sourire franc et la respiration sifflante. Un médecin lui a diagnostiqué une silicose, une maladie qu’on s’attendrait plus à rencontrer dans les lignes de Germinal que dans la Bretagne de 2026. Cette maladie incurable des mineurs est causée par l’accumulation de poussière de silice dans les poumons.

Michel ne veut pas y croire et s’apprête à faire de nouvelles analyses. Cet ouvrier a travaillé toute sa vie pour la multinationale Imerys dans les usines de la mine de Glomel (Côtes-d’Armor). Connaissait-il les risques associés à cette poussière ? « On savait surtout que c’était embêtant pour l’entreprise, parce qu’elle est tellement abrasive que tout le matériel s’use prématurément. »

L’andalousite que respirent les ouvriers de Glomel est un minéral « à haute teneur en silice cristalline », un « agent chimique dangereux » selon le Code du travail. Les travaux exposant à la silice sont classés cancérogènes et peuvent provoquer le cancer des poumons, la silicose et tout un cortège de maladies auto-immunes. « Ce sont des poussières extrêmement dangereuses », analyse le docteur Alain Carré, médecin du travail et spécialiste des risques miniers.

Cette mine d’Imerys emploie une centaine de personnes pour extraire de l’andalousite, un minéral utilisé pour produire des fibres céramiques réfractaires, aux propriétés semblables à celles de l’amiante, que l’on trouve notamment dans les fours industriels. Officiellement classé comme carrière (lire en boîte noire), le site de Glomel s’étend sur 265 hectares et a toutes les caractéristiques d’une mine à ciel ouvert : extraction dans de vastes fosses et minerai concentré sur place dans une succession d’usines.

Si les risques associés à la silice cristalline existent dans toutes les carrières, à Glomel, le minéral est broyé plusieurs fois à l’échelle du dixième de millimètre, ce qui démultiplie la dangerosité pour le personnel. « La silice est d’autant plus toxique qu’elle est fraîchement broyée, très fine et volatile, explique à Splann ! Patrick Brochard, responsable scientifique du Laboratoire d’études des particules inhalées à l’université de Bordeaux. Elle pénètre dans les poumons et peut provoquer des lésions irréversibles qui continuent à se développer des années après l’arrêt de l’exposition. »

« Dans mon atelier, il y a un nuage de poussière en permanence, décrit Nicolas*, qui a récemment travaillé en intérim chez Imerys à Glomel. Le produit est broyé une dernière fois avant d’être mis en sacs pour l’expédition. Comme la machine propulse de l’air pour remplir les sacs, ça en pulvérise tout autour. Quand on passe au produit suivant, pour éviter les mélanges, il faut nettoyer la machine : les gars mettent la tête dedans et soufflent la poudre avec une soufflette, ça forme comme un halo de fumée tout autour et ils ressortent tout blancs. Le pire, c’est quand la machine se détraque et rate le bec du sac. Là, ça souffle de la poudre partout dans l’air pendant plusieurs minutes. »

Pour éviter l’exposition à la silice cristalline, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), organisme de référence pour la santé au travail, préconise d’« effectuer les opérations générant une exposition dans des systèmes clos mis en dépression et aussi étanches que possible ». Quand cela n’est pas faisable, la consigne est « d’équiper les postes de travail d’un dispositif de captage des poussières à la source ». Les protections individuelles comme les masques ne sont recommandées qu’en dernier recours.

Des documents internes d’Imerys obtenus par Splann ! montrent que l’entreprise « prend en compte le risque lié à l’exposition à la silice cristalline alvéolaire » et rend obligatoire « le port de masques FFP3 »........

© Mediapart