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" 'Ni chah, ni mollah' signifie qu’il est impossible de contourner le rôle des forces démocratiques en Iran"

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26.02.2026

En ce début d’année, l’Iran a connu un soulèvement d’une ampleur et d’une profondeur inédites appelant avec force la fin de la dictature. Ce mouvement traduit une conviction, largement partagée par les manifestants, que seul un véritable changement de régime peut répondre aux aspirations populaires car toute perspective de réforme interne apparaît aujourd’hui illusoire.

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Malgré la brutalité de la répression causant des milliers de morts et près de 50 000 arrestations, la situation reste insurrectionnelle à travers le pays. Elle prolonge une longue expérience de résistance du peuple iranien qui, par sa détermination, joue bien plus que son destin, car la stabilité même de la région est en jeu.

« Ni chah, ni mollah »

La République islamique, laboratoire d’une version extrémiste et expansionniste de l’islam, a exporté ses crises, ses violences et ses réseaux bien au-delà de ses frontières. Un nouvel Iran démocratique, laïque et souverain constituerait un facteur de paix et d’équilibre pour le Moyen-Orient et pour le monde. Même si le peuple d’Iran mérite notre soutien entier, nous estimons que ce changement de régime ne peut, ni ne doit être imposé de l’extérieur. En effet, l’histoire récente a montré, en Irak comme en Libye, que les interventions militaires étrangères sans lendemain ne produisent que le chaos, la fragmentation sociale et l’anéantissement des aspirations populaires.

En Iran, toute guerre venant de l’extérieur ne servirait qu’à fournir de nouveaux prétextes de répression au régime et briser l’élan populaire. Le renversement de la dictature et l’avènement d’un nouveau régime ne peuvent s’appuyer que sur le peuple iranien lui-même par sa mobilisation, sa résistance, son organisation, ses aspirations et ses propres choix institutionnels. Ce soulèvement de 2026 n’est pas une réaction impulsive. Il est le fruit de plus de quarante-cinq ans de luttes, de souffrances, mais aussi d’expérience accumulée de la résistance, dont celle qui, en exil, a su se structurer et développer ses réseaux y compris sur le terrain, en Iran même, avec ses unités combattantes. Les mouvements de 2018, 2019 et 2022 ont permis à la société iranienne d’affiner sa conscience politique et d’identifier clairement l’ennemi : l’ensemble de l’appareil de la dictature religieuse.

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Dans les rues d’Iran, un slogan revient avec une constance : « Ni chah, ni mollah ». Ce mot d’ordre résume à lui seul le choix historique du peuple iranien. Il exprime un rejet sans ambiguïté de toutes les formes de dictature, qu’elles soient religieuses ou monarchiques. Le peuple iranien n’a pas oublié la répression et la SAVAK (police politique du chah), la corruption et la dépendance étrangère du régime des Pahlavi, pas plus qu’il n’accepte la tyrannie théocratique actuelle.

La promotion de Reza Pahlavi, fils du chah déchu, relève moins d’une dynamique populaire que d’une construction virtuelle. Dépourvu de base sociale réelle en Iran, absent du terrain et étranger aux sacrifices et aux souffrances consentis par la population, il ne représente pas une alternative crédible et brouille les lignes en occultant toute autre hypothèse. Pire encore, cette option sert objectivement les intérêts du régime qui l’utilise pour la qualifier de manipulation étrangère et diviser le mouvement.

Solidarité avec un peuple en lutte

« Ni chah, ni mollah » signifie qu’il est impossible de contourner le rôle des forces démocratiques en Iran. « Ni chah, ni mollah » légitime le soutien aux voix issues de la société civile florissante, aux minorités ethniques qui aspirent à l’autonomie comme les Kurdes, et bien évidemment au Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) dont le plan en 10 points pour un Iran libre est l’expression la plus structurée.

Nous estimons que soutenir le peuple iranien, c’est de ne pas se contenter d’inscrire le corps des Gardiens de la Révolution (CGRI) sur la liste des organisations terroristes, mais de l’appliquer et d’exiger le démantèlement de cette force de répression. C’est conclure les procédures devant les instances internationales afin de juger les crimes commis par le régime. Et c’est soutenir toute proposition et tout processus de transition démocratique.

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En France, cette responsabilité nous concerne directement. Les clivages partisans doivent s’effacer devant la solidarité avec un peuple en lutte pour la liberté et l’instauration d’une république démocratique et laïque qui reconnaît l’égalité des droits hommes-femmes, la suppression de la peine de mort, et un Iran non nucléaire. En France, aidons le peuple iranien à choisir son futur.

André Chassaigne, président d’honneur du Comité parlementaire pour une Iran démocratique (CPID), Parlementaire honoraire.

Jean-Pierre Béquet, ancien député, ancien maire d’Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise)

Pierre Bercis, président fondateur de Nouveaux droits de l’Homme (NDH)

Jean-Pierre Brard, président du CFID, député et maire honoraire

Jean-Pierre Mignard, avocat et essayiste

Gilbert Mitterrand, président de la Fondation Danielle Mitterrand-France Libertés et ancien député-maire


© Marianne