Paul Klotz : "Les entreprises de la tech ont intérêt au développement de la solitude"
« L’isolement est le mal du siècle », avertit d’emblée Paul Klotz. Pour lui, la solitude, qui atteint aujourd’hui des niveaux inédits, a des conséquences politiques et sociales majeures. À le lire, c’est la démocratie elle-même qui serait en jeu. Comment l’expliquer ? Sans tout imputer au seul numérique, il décrit parfaitement, à travers le concept de « capitalisme de la solitude », comment ce secteur participe à la fabriquer, mais aussi pourquoi il a intérêt à le faire.
Marianne : « Jamais dans l’histoire des sociétés humaines, les niveaux de solitude subie n’ont été si importants ; jamais les souffrances causées par ce phénomène n’ont semblé si fortes », écrivez-vous. En quoi ?
Paul Klotz : Nous traversons une épidémie de solitude. Depuis que l'on mesure les niveaux d'isolement, ils n'ont jamais été aussi hauts dans les sociétés occidentales : 40 % des Français de moins de 25 ans déclarent souffrir d'un sentiment de solitude chronique. Au Royaume-Uni, on estime que le nombre de personnes se déclarant chroniquement isolées est passé de 2,6 millions à 3,7 millions entre 2018 et 2023.
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La nouveauté, c'est que cette solitude n'est plus choisie mais subie : autrefois, nous vivions immergés dans des structures communautaires fortes ; la solitude apparaissait comme un choix, pour lequel optaient les philosophes ou les religieux afin de cultiver leur souveraineté intérieure. Désormais, la solitude ne relève plus de l'option individuelle : elle est imposée par la société aux individus, car elle provient précisément de la destruction progressive des structures sociales, tels que les syndicats, les mouvements religieux ou encore les grands partis politiques. Ce que je montre également dans ma note, c'est qu'on peut faire l'hypothèse qu'elle est organisée par certains acteurs – les entreprises de la tech – qui ont intérêt à son développement.
Et la solitude subie coûte cher : à la santé physique et mentale, d'abord, puisqu'elle augmente les risques cardiovasculaires, de dépression, d'anxiété et les risques suicidaires.........
