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Guerre en Ukraine : quatre ans plus tard, une photographie qui incarne le martyre d’un peuple

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03.04.2026

Toutes les guerres laissent en mémoire des images inoubliables par leur horreur, leur force, leur puissance évocatrice. On pense bien sûr à «la Petite Fille au napalm» de la guerre du Vietnam, à l’enfant affamé guetté par un vautour dans un Soudan ravagé par la famine ou aux «enfants d’Assad» de la guerre civile syrienne. Des photos qui en disent autant qu’un texte, si ce n’est davantage, et qui ont l’immense mérite de rapporter la vérité brute. Des premières semaines de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que nous étions dans un état de sidération qui rendait la moindre image insoutenable, il nous reste surtout le massacre de Boutcha et ces photos de rues jonchées de corps d’habitants qui avaient eu le seul tort de passer là au mauvais moment. Mais aussi le siège de Marioupol avec son cortège d’horreurs, corps affamés, mutilés, laminés, et cette femme enceinte évacuée à la hâte sur un brancard, grièvement blessée par un bombardement russe sur une maternité de la ville.

Cette photo-là a fait le tour du monde, incarnant le martyre des civils ukrainiens jetés dans une guerre qu’ils finiraient peu à peu par repousser de toutes leurs forces, armés souvent de leur seul courage. Cette femme enceinte blessée, qui est encore consciente sur la photo prise par Evgeniy Maloletka, est morte peu après son arrivée à l’hôpital et son enfant, né par césarienne, n’a jamais respiré. Notre correspondante a retrouvé Timour Tchoumarine, le chirurgien qui a tenté en vain de les maintenir tous deux en vie. Cet échec l’a longtemps hanté alors que les autorités russes affirmaient que cette photo était une mise en scène et que cette femme était vivante. Il raconte la réalité des faits et l’émotion, lui qui exerce désormais, avec sa femme médecin, dans un centre médical de Kyiv. Ce centre a alloué un étage à une vingtaine d’employés originaires de Marioupol qui ont baptisé les lieux… «Hôpital régional de soins intensifs de Marioupol». Garder la mémoire, c’est aussi un acte de résistance.

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