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Consultation des communautés: à qui revient la responsabilité?

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09.04.2026

Un texte d’Alain Poirier, directeur général, Association de l’exploration minière du Québec

LES IDÉES DES AFFAIRES. Depuis plusieurs années, la question de la consultation des communautés autochtones s’impose dans le débat public entourant le développement des ressources naturelles.

Or, en droit canadien, l’obligation de consulter et, le cas échéant, d’accommoder relève d’abord de l’État, un principe clairement établi par la Cour suprême.

Le gouvernement du Québec en est donc le premier responsable.

Dans la pratique, on observe toutefois un transfert de cette responsabilité vers les entreprises. Par exemple, en exploration minière, les ajustements récents au cadre réglementaire obligent les sociétés à multiplier les rencontres avec les communautés et à formaliser ces échanges dans des rapports destinés aux autorités gouvernementales.

Ce transfert implicite pose un problème fondamental.

Les sociétés d’exploration n’ont ni le mandat, ni les outils, ni la légitimité pour répondre à des enjeux territoriaux, sociaux ou politiques qui dépassent largement le cadre de leurs activités. Leur rôle consiste à présenter leurs projets et à échanger de bonne foi, non à se substituer à l’État dans l’exercice de ses responsabilités.

C’est précisément ce déséquilibre qui alimente la situation actuelle.

Par ailleurs, la question de la surconsultation ne fait aucun doute: oui, elle existe. Mais elle ne résulte pas d’un trop grand nombre de projets. Elle découle plutôt d’une accumulation de couches réglementaires, de permis et d’autorisations développés par différents ministères, sans vision d’ensemble ni réflexion sur leurs effets combinés.

Aujourd’hui, une même activité peut déclencher plusieurs processus distincts (mines, forêts, environnement, faune) chacun avec ses propres exigences et ses propres démarches de consultation. Une même communauté peut ainsi être sollicitée à répétition, par différentes instances, pour se prononcer sur un seul et même projet.

Ce manque de coordination crée un véritable imbroglio administratif. Les communautés doivent répondre à des demandes multiples, parfois redondantes, sans toujours savoir à quelle instance se référer. De leur côté, les entreprises doivent composer avec une superposition de processus qui allongent les délais, augmentent les coûts et complexifient inutilement les démarches.

En exploration minière des solutions concrètes existent.

La première consiste à établir une véritable coordination gouvernementale. Le Québec doit mettre en place une structure intégrée regroupant les principaux ministères concernés (mines, forêts, environnement, faune, affaires autochtones et affaires municipales) afin d’assurer un traitement cohérent des demandes liées aux travaux d’exploration.

Une telle approche permettrait d’offrir aux communautés des interlocuteurs stables, une vision d’ensemble des projets et un processus clair et prévisible. Elle réduirait les sollicitations répétitives et améliorerait la qualité des échanges.

La seconde solution touche à la question des retombées. Dans un contexte où une hausse d’environ 30% des droits d’exploration est envisagée par le gouvernement, nous proposons un mécanisme permettant de redistribuer une partie de ces revenus vers les communautés locales, qu’elles soient autochtones ou allochtones. Cela contribuerait à soutenir le développement d’une expertise locale et à réduire les pressions financières qui s’exercent actuellement.

En conclusion, l’enjeu sur la consultation ne doit pas être réduit à une opposition entre les entreprises et les communautés.

Dans les faits, les deux sont plutôt prises dans un système drôlement structuré qui les place inutilement en situation de confrontation. Il s’agit avant tout d’un enjeu de gouvernance publique. Mais au-delà, c’est aussi la façon dont le Québec entend développer ses ressources naturelles qui est en jeu.

Souhaite-t-on un modèle prévisible, cohérent et efficace, ou un système fragmenté qui génère des tensions et de l’incertitude?

Maintenir le statu quo, c’est accepter un cadre inefficace qui ne répond ni aux besoins des communautés ni aux exigences d’un développement structuré et responsable des ressources naturelles.


© Les Affaires