menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Vous êtes bons jusqu’à ce qu’on se lasse de vous!

29 0
17.03.2026

EXPERT INVITÉ,. Vous avez beau travailler comme un forcené; vous avez beau tout donner, tout abandonner, tout mettre de côté, et ne prioriser que votre travail; n’oubliez jamais qu’une job c’t’une job!

Vous êtes utiles tant qu’on a besoin de vous. On vous dit que vous êtes importants; on vous dit que l’on vous apprécie; on va chercher le meilleur de vous-même, jusqu’à ce que la compagnie n’ait plus besoin de vous.

Je ne suis ni pessimiste ni cynique. Je suis rationnel et factuel. Plus vite vous le comprenez, mieux vous vous porterez.

Les gens qui débutent leur carrière dans une compagnie X et qui y prennent leur retraite sont de plus en plus rares. Soit que cela ne nous intéresse plus; soit qu’on a vu nos parents se faire jeter comme un vieux mouchoir après 30 ans de dur labeur; ou soit que les employeurs s’écœurent de nous bien avant notre date de péremption.

Vous êtes bon, utile, et apprécié jusqu’à ce que l’on décide que vous n’êtes plus aussi bon et plus aussi utile. Ce constat peut vous sembler rude, mais ne vous inquiétez pas: les employés font la même chose avec leurs employeurs.

Par respect pour votre dévouement, ou tout simplement pour ne pas se mettre le reste de l’équipe à dos, on continue de vous dire que l’on vous apprécie, mais on oublie de le démontrer ou d’agir concrètement pour que vous vous sentiez apprécié.

On a beau tout donner, mais le temps fait son œuvre. Il y a 15 ans, vous étiez parmi les meilleurs de l’équipe et on vous utilisait pour vos forces. Vous étiez capable d’influencer les dirigeants, votre supérieur et vos collègues uniquement avec la force de votre regard. Et puis, les années ont passé, de nouvelles recrues se sont jointes à l’équipe, et par la force des choses, on a redéfini les rôles, et rebrassé les cartes.

Employés engagés et mobilisés

Les gens quittent, mais vous restez. De nouveaux employés arrivent, et ils vous voient comme un vétéran. Ils vous voient comme le doyen, comme la personne qui a tout vu. Vous devenez une référence; vous êtes reconnu comme un modèle; vous êtes reconnu de tous comme la personne qui a le logo de la compagnie tatoué sur le cœur.

Personne ne doute de votre dévouement, de votre passion, de votre acharnement, et de votre influence. Au fil des ans, tous s’accordent pour dire que vous êtes la colle qui maintient l’équipe soudée. Depuis votre arrivée, tel un arbre solidement enraciné, vous avez affronté les intempéries. Vous avez survécu à toutes les tempêtes. Tout le monde est tombé ou parti, mais pas vous. Les dirigeants se sont succédé, alors que vous avez assuré la continuité.

Vos collègues, vos clients, vos partenaires, et ceux qui vous côtoient sont unanimes à votre sujet : vous êtes LE gars d’équipe.

Malgré tout, ces derniers temps, on vous sollicite moins. On vous assigne des dossiers moins importants. On vous consulte moins souvent. Vous n’êtes plus la personne désignée pour remplir les rôles X et Y. Lorsque des situations complexes se présentent, ce n’est plus vous qui allez au front.

Pourtant, vous n’avez rien demandé. Pourtant, vous voulez encore autant qu’avant. Vous avez encore la flamme, et quoi que tout le monde puisse en témoigner, votre intensité n’a plus la même valeur aux yeux des dirigeants.

Vous ne chialez pas; vous ne critiquez pas la direction; vous demeurez professionnel; vous gardez la tête haute; et vous tentez de ne pas montrer que ce qu’on fait et dit à votre sujet vous touche et vous blesse.

Mais personne n’est dupe! Surtout toutes les personnes qui vous aiment et vous apprécient.

Dans le sport comme dans la vie

Ne vous connaissant pas, je n’ai bien évidemment aucune idée de votre appréciation du hockey et encore moins votre connaissance du Canadien de Montréal.

Peut-être en avez-vous entendu parler: samedi dernier, le coach — ou plutôt l’équipe de direction — a décidé de laisser son #11 sur la galerie de presse. Cet assistant au capitaine, ce guerrier incontestable, qui évolue avec le grand club depuis bientôt 15 ans, n’a jamais été laissé de côté par son entraîneur.

Coéquipiers actuels et anciens, ainsi que ses anciens et actuels entraîneurs sont unanimes au sujet de Brendan Gallagher: c’est LE gars d’équipe qui se sacrifie cœur, corps, et âme pour l’équipe depuis toujours.

Pourtant, même s’il n’était pas blessé ou malade, il n’a pas chaussé ses patins samedi dernier : une première pour lui… malheureusement, ce ne sera pas une dernière !

L’entraîneur ne voulait pas prendre cette décision, mais la haute direction lui a fait comprendre que parfois, dans la vie, il y a des choix difficiles à prendre, et son rôle d’entraîneur n’y échappe pas.

Le gars est bon; le gars est apprécié; le gars n’a rien à se reprocher.  Or, dans le merveilleux monde du travail, ce n’est malheureusement pas assez…

Vous avez beau être bon, un jour, l’heure de la retraite arrive!

Vous pouvez être fidèle et dévoué, mais un jour, des plus jeunes vous poussent dans le dos et incitent les dirigeants à se questionner et à redéfinir ce qui était immuable, intouchable, et non négociable !

Je ne dis pas de ne pas travailler et de ne pas donner le meilleur de vous-même. Je vous dis simplement de garder en tête que même les meilleurs se font remplacer, et que, même si on vous promet de vous garder toute votre vie, eh bien, nous ignorons que quoi demain sera fait.

Votre certitude d’aujourd’hui peut s’effondrer demain!

Le merveilleux monde du travail (et du sport) peut parfois être cruel!


© Les Affaires