Du bon usage des canicules
En 1921, Charles-Ferdinand Ramuz écrit Présence de la mort. Un roman apocalyptique qui nous raconte, à hauteur des rives du Léman, la consumation annoncée du monde. Ramuz écrit dans une langue qui n’appartient qu’à lui, qui ressemble à une langue parlée mais n’est parlée par personne. Son livre est à lire à haute voix pour qu’on entende cette voix qu’on ne peut entendre qu’ainsi. Il ouvre son récit, écrit en 1921, par cette annonce qui semble évoquer aujourd’hui le refus obstiné d’entendre les avertissements lancés depuis des décennies à propos du changement climatique: «Alors les grandes paroles silencieuses vinrent: le grand message fut envoyé d’un continent à l’autre par-dessus l’océan. La grande nouvelle chemina toute cette nuit-là au-dessus des eaux par des questions et des réponses. Rien pourtant ne fut entendu.»
On relit ce livre plus d’un siècle après sa publication. Aujourd’hui, comme Ramuz le raconte, il fait chaud, fait chaud depuis une semaine, et la chaleur va durer. Très chaud la journée, trop chaud la nuit. On subit une canicule dans un pays dont le climat se réchauffe deux fois plus vite qu’ailleurs. Qu’aura-t-il appris de ce moment, ce pays? Rien de plus que des moments précédents, pas même que la climatisation d’un espace réchauffe tous les autres. On attend simplement que la canicule se termine, qu’on revienne à des températures normales, sans s’apercevoir que ce sont les canicules qui deviennent la normalité estivale, et que s’il a fait très chaud cet été, il fera encore plus chaud........
