L’auto-soupçon
Un jour, un ami m’a dit: «Tu sais, ça ne se voit pas que tu viens d’un milieu peu instruit.» Cette phrase m’a surprise. A certains égards, elle m’a aussi allégée. Je faisais partie de cette catégorie d’étudiantes qui se surprenaient à avoir de bons résultats. Le droit international représentait pour moi une branche à la fois prestigieuse et complexe.
A la fin de ma première année de master, j’obtiens un excellent résultat à l’examen de cette matière et me demande aussitôt s’il n’y a pas eu une erreur. Je prends rendez-vous avec le professeur responsable de la filière. Il consulte ma copie, m’observe au-dessus de ses lunettes et me dit: «Normalement, les étudiants viennent me voir pour demander une meilleure note.» Je le remercie et quitte précipitamment son bureau, de peur de faire un faux pas qui pourrait altérer la bonne opinion qu’il semble avoir de moi. Objectivement, rien dans sa remarque ne justifiait une telle inquiétude. Pourtant, je vivais avec la peur que l’on découvre que je n’étais pas vraiment à ma place.
Lorsque j’étudiais à l’Institut de hautes études internationales, dont une grande partie des étudiant·es étaient issu·es de familles très privilégiées, je passais mes nuits à danser........
