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Le Liban, qui fut «la Suisse du Proche-Orient», n’en peut plus de payer pour les guerres des autres

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Et à la fin, c’est le Liban qui paie. C’est ainsi de tout temps, il suffit d’ouvrir l’Ancien Testament pour s’en rendre compte. Le texte biblique a beau vanter, en plus de 70 occurrences, la beauté des cèdres et la blancheur de la neige à laquelle ce pays doit son nom (la racine sémitique ibn signifie «blanc»), il l’appelle aussi au sacrifice. «Liban, ouvre tes portes pour que le feu dévore tes cèdres!» dit Zacharie, 11:1.

Cruelle injonction! Elle aura traversé toute l’histoire de ce pays dont le territoire ne fait qu’un quart de la superficie de la Suisse. En cent six ans, l’Etat du Liban n’aura quasiment pas connu une seule année de paix et de liberté. Soumis comme d’autres au mandat ottoman, puis à celui de la France, il proclame son indépendance le 22 novembre 1943, mais Damas, intervenu militairement en 1976, gardera Beyrouth sous sa coupe jusqu’en 2005. Comme si cela ne suffisait pas, les Libanais subissent aussi des guerres qui ne sont pas les leurs: l’impact du conflit israélo-palestinien et, plus largement, israélo-arabe fut par exemple un levier de la longue guerre civile qui déchira le Liban de 1975 à 1990.

Petit pays, grand perdant

Un autre feu menace aujourd’hui de «dévorer les cèdres» du Liban: celui de la haine que se vouent l’Etat hébreu et le régime iranien par le biais du Hezbollah. Cette détestation, le Pays du Cèdre en a fait les frais en subissant cinq guerres – 1993, 1996, 2006, 2023 puis aujourd’hui – et d’innombrables incursions israéliennes meurtrières. Aujourd’hui, Israël menace l’Etat libanais s’il ne désarme pas complètement le Hezbollah. Pour les Libanais du Sud, l’Etat hébreu n’a au fond qu’un objectif: étendre sa mainmise sur leur pays. Qu’elle semble loin, cette époque juste avant 1975 où l’on surnommait le Liban «la Suisse du Proche-Orient»!

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Mais plus que notre pitié, les Libanais méritent notre admiration. Car ce pays de 6 millions d’habitants ravagé par la violence de ses voisins en a accueilli les rescapés. Il compte près de 500 000 réfugiés palestiniens et a abrité jusqu’à plus de 2 millions de Syriens qui échappaient au régime Assad.

Le Liban est généreux, il est multiconfessionnel aussi. Avec ses 18 communautés religieuses reconnues, il veille à l’appartenance confessionnelle dans la répartition du pouvoir – le président doit être maronite chrétien, le premier ministre musulman sunnite et le chef de l’assemblée musulman chiite. Tout cela et bien d’autres choses encore auraient pu en faire le symbole d’un Proche-Orient où l’on peut coexister en paix. Miné par l’Iran et menacé par Israël, le petit Liban est hélas aujourd’hui le grand perdant de guerres qui ne sont pas les siennes.

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