menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Faut-il faire de « l’habitabilité de la Terre » un nouveau principe du droit ?

33 0
19.05.2026

Aujourd’hui, l’idée de reconnaître des droits à la nature revient de plus en plus dans le débat public. Une forêt, une rivière ou une montagne pourraient ainsi devenir des sujets juridiques ; ce qui impliquerait que toute atteinte à leur intégrité serait susceptible d’être portée devant les tribunaux.

Cette démarche est toutefois doublement bancale. D’une part, le droit n’est pas un simple instrument symbolique : il vise à protéger des intérêts identifiables. Or quels sont les intérêts censés être défendus par ces nouveaux droits ? Une forêt, par exemple, n’a pas d’intérêt. Elle n’est pas lésée quand certains de ses arbres sont coupés. Elle ne crie pas, ne pleure pas, ne souffre pas.

D’autre part, une telle évolution juridique figerait notre rapport à l’environnement. En érigeant l’intégrité des milieux naturels en principe juridique, elle ferait en effet de toute transformation – agricole, urbaine ou industrielle – un délit ou un crime. Or l’histoire humaine s’est toujours accompagnée d’une transformation continue des milieux, dans le but de les rendre plus habitables.

Recevez notre sélection d’articles tirée de notre rubrique Débats, pour comprendre les vrais enjeux du monde d’aujourd’hui et de notre société

En vous inscrivant, vous acceptez les conditions générales d'utilisation et notre politique de confidentialité.

Les droits de la nature reposent donc sur une pensée animiste incompatible avec la rationalité du droit moderne. S’inscrivant dans ce courant de pensée tout en voulant dépasser ses limites, le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret proposent, dans Liberté, dignité, habitabilité (Gallimard, 2026), de refonder le cadre juridique de la protection de l’environnement autour d’une nouvelle valeur cardinale : l’habitabilité de la Terre. En effet, selon eux, le droit moderne, trop centré sur les individus humains, ne permet pas de protéger les conditions qui rendent possible la vie elle-même.

Leur ambition est donc de compléter les principes classiques de liberté, d’égalité et de dignité, jugés insuffisants pour répondre à la crise écologique, par celui d’habitabilité. Il s’agit d’en faire un principe structurant, capable d’orienter l’ensemble des décisions politiques et juridiques. Une proposition assurément dans l’air du temps, mais dont la solidité théorique comme la portée pratique laissent pour le moins perplexe.

Le principe de l’habitabilité de la Terre

Pour justifier leur proposition, Morizot et Neyret offrent une lecture téléologique de l’histoire du droit selon laquelle, après avoir consacré la liberté à la fin du XVIIIe siècle, puis élargi son........

© Le Point