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« Le pluralisme ne consiste pas à se répartir entre deux camps systématiquement opposés »

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14.09.2026

Faut-il débattre avec tout le monde ? Cette question philosophique revient fréquemment au centre de l’actualité à chaque polémique concernant les médias. La dernière en date concerne la présence du journaliste Charles Sapin, ancien du Point et désormais numéro 2 de Valeurs actuelles sur les ondes de France Inter en tant qu’éditorialiste.

Si l’intersyndicale du groupe public Radio France, dont France Inter fait partie, a déposé un préavis de grève pour le dimanche 13 et lundi 14 septembre, la patronne de Radio France, Sibyle Veil, a maintenu la présence de l’éditorialiste, au nom du pluralisme.

Mais qu’est-ce exactement le pluralisme ? Dans son nouvel ouvrage Point de vue manquant. Médias et démocratie (sorti le 9 septembre 2026 aux éditions Flammarion), le sociologue Arnaud Esquerre propose une approche nouvelle du pluralisme, qui ne se limite pas à opposer deux camps mais de laisser ouverte la possibilité qu’un « point de vue manquant » puisse apparaître et enrichir le débat.

Le Point : Charles Sapin à France Inter, Xenia Fedorova sur CNews… Aujourd’hui, le pluralisme est invoqué à chaque polémique concernant les médias, mais à quoi cela correspond précisément ?

Arnaud Esquerre : Dans sa définition minimale, le pluralisme, c’est la coexistence d’une multitude de points de vue différents dans un espace public. Mais la difficulté de cette notion, c’est qu’elle est à la fois une idée philosophique très abstraite, apparue notamment dans la philosophie allemande à la fin du XVIIIe siècle, et un problème extrêmement concret dès lors qu’il faut la mettre en œuvre.

C’est particulièrement vrai pour les médias audiovisuels. Dans la presse imprimée ou numérique, l’espace n’est pas contraint : la présence d’un éditorialiste ou d’un journal d’opinion n’empêche pas l’existence d’un autre éditorialiste ou d’un autre journal ; au contraire, ils s’additionnent. Le lecteur peut donc choisir l’un, l’autre ou les deux. À la télévision ou à la radio, en revanche, l’espace est limité. Si vous donnez une place à quelqu’un, vous ne la donnez pas à quelqu’un d’autre. Dès lors, chaque choix peut être contesté.

Pourquoi cette question est-elle si délicate aujourd’hui ?

Parce que notre conception du pluralisme a évolué. Depuis la fin des années 1960, on a mis en place un système qui consiste à mesurer le temps de parole des personnalités politiques et à le répartir en fonction du poids des partis et des mouvements. Il repose sur une logique relativement simple : on identifie les représentants des groupes politiques et on mesure leur temps de parole.

Mais la décision du Conseil d’État du 13 février 2024, dans une affaire opposant Reporters sans frontières à l’Arcom au sujet de CNews, a changé la perspective. Le Conseil d’État a considéré que la seule prise en compte du temps de parole des........

© Le Point