Washington contre Anthropic : la censure sans livres brûlés
Le coup de la panne, ou presque. Depuis le 12 juin, le gouvernement américain a ordonné la suspension des modèles Fable 5 et Mythos 5 d’Anthropic pour les ressortissants étrangers, y compris lorsqu’ils vivent aux États-Unis, y compris lorsqu’ils travaillent pour Anthropic. Et parce que l’entreprise s’est dite techniquement incapable de garantir une telle ségrégation de ses utilisateurs, elle a fini par tout couper pour tout le monde.
Ainsi l’Amérique du Premier amendement, celle qui ne manque pourtant jamais – et pas toujours à tort – de faire les gros yeux aux Européens comme à de petits enfants incapables d’encaisser trois phrases un peu rudes sans appeler Maman Bruxelles, se verrouille à son tour dans la censure. Bien sûr, pas celle des livres brûlés, des journaux interdits et des écrivains arrêtés à l’aube. Ça serait trop grossier, trop soviétique, trop détectable, et c’est, justement, ce qui rend l’événement d’autant plus inquiétant.
Nous assistons peut-être au premier test grandeur nature d’un nouveau pouvoir liberticide, celui dont peut désormais se prévaloir un État capable, en quelques heures, d’éteindre un outil universel de production et de circulation des idées – et clouer un peu plus solidement le cercueil de cette liberté d’expression dont il fait mine, la main sur le cœur et la bannière étoilée dans le dos, d’être le plus fidèle garde du corps.
Le genre de bascule qu’Ithiel de Sola Pool avait vu venir, dès 1983, dans Technologies of Freedom. La libre-pensée et la libre parole, écrivait-il en substance, avaient été conquises autour d’un monde de........
