menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Chacun ses morts, chacun ses faits : les pièges du culte de l’empathie

17 0
15.10.2026

Si je devais jouer au jeu de ma citation préférée, il y aurait sans doute, pas loin de la première place, cette phrase du mathématicien et physicien britannique Paul Dirac destinée à son confrère américain Robert Oppenheimer, lorsque les deux se retrouvent à l’université de Göttingen, en 1927 : « On me dit que tu écris de la poésie tout en travaillant à la physique. Comment peux-tu faire les deux ? En physique, on tâche de faire comprendre ce que personne ne savait jusque-là. Avec la poésie, c’est exactement le contraire ».

Difficile de mieux figurer l’abîme isolant volontiers culture scientifique et culture littéraire. Une distance qu’Oppenheimer, pour sa part, aura voulu resserrer toute sa vie, lui qui était arrivé à Harvard au début des années 1920 lesté autant des premiers écrits de Galilée que du chef-d’œuvre poétique de T. S. Eliot, La Terre vaine (1922), dont l’étouffant sentiment de dépouillement né des charniers de la Première Guerre mondiale inspirera ces vers au futur « père » de la bombe atomique :

« L’aube charge notre être de désir / Et, avec notre vague à l’âme, la lente lumière nous trahit / Quand le safran céleste / Fane et pâlit / Et que le soleil / Désormais stérile, et que le feu qui déborde / Nous sort du sommeil / Nous nous........

© Le Point