« Naza », le documentaire qui laisse le Hamas hors champ
Ce 23 septembre, à la projection de Naza, documentaire des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, j’arrivais avec la ferme envie d’apprendre de quoi de me faire changer d’avis sur la guerre que Tsahal mène contre le Hamas, à Gaza, en réponse aux massacres du 7 octobre 2023. Je savais qu’il ne s’agissait que de témoignages anonymes – de vingt-quatre militaires et membres des services de renseignement israéliens, dixit la brochure de presse – et, qu’à ce titre, il ne fallait pas les prendre d’office ni pour argent comptant ni, a fortiori, pour la marque d’erreurs, d’abus voire de crimes de guerre d’une nature, comme on dit, systémique.
Mais quand même, j’étais prête à être bousculée non pas dans mes certitudes – aucune affaire humaine en général, et belliqueuse en particulier, n’est susceptible d’en générer – mais, au moins, pour rappeler mes cours de philosophie analytique, dans mes croyances vraies justifiées. En d’autres termes, l’ensemble des postulats que je tiens pour vrais tant ils correspondent à l’état actuel de mes connaissances.
On rappellera, par la même occasion, qu’avoir raison est une chose ; savoir comment et pourquoi, toujours une autre. Car il est tout à fait possible de tomber juste par hasard, par préjugé ou au terme d’un raisonnement idiot. Ce qui compte, ce sont les preuves ayant conduit à ce jugement et la disposition à en changer si d’autres preuves, plus solides, viennent leur donner tort.
Tel était donc mon état d’esprit lorsque les lumières se sont éteintes et que le film a commencé. Cela n’a pas duré.
Une guerre dans la pénombre
Déjà, sur la forme. Ma trop courte nuit de la veille, le trajet bien trop long sur la ligne 8 du métro, la température encore trop élevée pour un début d’automne et les fauteuils bien trop confortables de la salle de projection des studios MK2 y sont sans doute pour quelque chose, mais le fait est que j’ai eu le plus grand mal à soutenir mon attention, comme on dit poliment – en plus direct, à ne pas m’endormir.
Le gros du film, cela a été amplement précisé, se déroule de nuit sur les toits de Tel-Aviv, les intervenants sont souvent masqués et plongés dans une obscurité croissante, on le déduit, en fonction du niveau de risque qu’ils prennent à se confier. Ils sont interrogés par un Yuval Abraham léthargique, la voix basse, à certains moments le voici qui chuchote, et tout rend la grosse heure que dure Naza excessivement pénible.
Le fond est, malheureusement, à l’avenant. Comme le détaille dans Marianne Michel Goya, interrogé par Jean Quatremer – deux spectateurs dont je peux attester la réalité, puisque nous étions à la même séance –, le film ne décrit pas l’ensemble des opérations de Tsahal à Gaza. Il en isole les frappes aériennes et ne dit quasi rien des combats au sol. De fait, « NAZA » est un terme propre au ciblage aérien pour désigner les dommages collatéraux et le documentaire se concentre sur une période précise : la campagne de bombardements d’octobre à décembre 2023, de loin la plus violente de cette guerre dont on peine à conjecturer la fin.
Quant aux pratiques de l’unité 8200, rassemblant « les petits génies de la tech » du renseignement militaire israélien, Goya rappelle également qu’elles n’ont rien d’une révélation : on retrouvait déjà, à peu de chose près, les mêmes témoignages dans des articles de 972 Magazine et du Guardian, coproducteurs du film, parus fin novembre et début décembre 2023.
Était-ce, là encore, le fait de mon attention chancelante, mais à entendre ces militaires et analystes exposer leur peine, et pour certains leur traumatisme, d’avoir eu à jauger du nombre de victimes civiles acceptables lors d’une frappe ciblant tel dignitaire ou soldat du Hamas, mon esprit a divagué.
« Sayonara les bridés »
D’abord, vers des périodes de l’histoire plus ou moins récentes où non seulement ces calculs, et même ces précautions ne furent pas de mise, mais où le meurtre massif de non-combattants, loin d’être un dommage à estimer et dès lors limiter, constituait un moyen délibéré de faire plier l’ennemi. Cela va sans dire, ces précédents ne règlent pas la question de Gaza et ce qu’il peut y avoir de « problématique » dans les actions de Tsahal, mais ils obligent à distinguer ce que l’on vise, ce que l’on accepte et ce que l’on........
